Bételgeuse, cette géante rouge située à 500 années-lumière de la Terre, fascine les astronomes depuis des décennies. En 2019, ses variations de luminosité avaient suscité l'hypothèse d'une explosion prochaine en supernova, un spectacle céleste exceptionnel. Les scientifiques, après des années de débats, avaient finalement tempéré ces spéculations sans pour autant clore le dossier.
Aujourd'hui, une nouvelle question agite la communauté astronomique : et si Bételgeuse n'était pas seule ? Avec un rayon mille fois supérieur à celui du Soleil, cette étoile géante pourrait abriter un compagnon stellaire. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, bouleverserait les modèles établis sur son âge, sa taille et sa luminosité.
Un compagnon stellaire sous haute surveillance
Dès 2024, deux études publiées en novembre et décembre avaient déjà évoqué la présence d'un « buddy » orbitant autour de Bételgeuse. Ces travaux s'appuyaient sur l'analyse des mouvements de l'étoile et de ses variations de luminosité sur un siècle. Cependant, les auteurs de ces recherches avaient appelé à la prudence, prévoyant des observations complémentaires fin 2024, lorsque le compagnon potentiel serait le plus visible.
Une troisième étude, publiée en juillet 2025, apporte des images plus détaillées et semble plus affirmative. Pourtant, Miguel Montargès, spécialiste de Bételgeuse, reste sceptique : « C'était en effet très intéressant, mais la détection était limitée, un peu trop pour affirmer qu'il y avait bien un compagnon. » Les illustrations artistiques, plus parlantes que les données brutes, avaient même semé le doute.
La nouvelle étude, publiée en 2025, utilise l'instrument SPHERE, un imageur à très haut contraste installé sur le télescope géant VLT au Chili. Cet outil, conçu pour détecter des exoplanètes, permet d'observer des astres peu lumineux autour d'étoiles brillantes comme Bételgeuse. Les résultats révèlent un compagnon stellaire estimé à 3,5 masses solaires, évoluant autour d'une étoile vingt fois plus massive que le Soleil.
Malgré ces avancées, les auteurs de l'étude restent prudents. Ils attendent 2027, lorsque le compagnon potentiel sera de l'autre côté de Bételgeuse, pour confirmer ou infirmer leur hypothèse. « Mais si ce n'est pas ça, il faudra vraiment beaucoup d'efforts pour comprendre ce que nous avons vu . » s'exclame Miguel Montargès. « Nous n'avons pas la preuve absolue, mais il devient difficile d'établir un autre scénario.
Si l'existence de ce compagnon est confirmée, cela remettrait en cause les connaissances actuelles sur Bételgeuse. Son âge, sa taille, sa luminosité et même la date de sa transformation en supernova reposent sur l'hypothèse qu'elle est une étoile isolée. La découverte d'un compagnon stellaire rebattrait toutes les cartes et pourrait inciter à réévaluer les modèles des autres étoiles variables observées dans l'univers.
Les limites des observations passées
Les astronomes s'interrogent désormais : et si d'autres étoiles, elles aussi entourées de variations de luminosité inexpliquées, cachaient des compagnons stellaires ? La quête d'un éventuel « intrus » autour de Bételgeuse pourrait ouvrir une nouvelle ère dans l'étude des géantes rouges.
- Numerama
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