L’ancien chef de l’État, désormais confronté à la procédure en appel dans l’affaire des soupçons de financement occulte de sa campagne de 2007 par le régime de Kadhafi, a livré jeudi 9 avril un témoignage nuancé sur ses déclarations post-condamnation. Face à la cour d’appel de Paris, il a assumé avoir employé le terme de « haine » pour décrire l’état d’esprit qui l’animait alors, tout en précisant ne pas le réutiliser aujourd’hui avec la même franchise. Une franchise qui, selon lui, s’expliquait par « l’état de choc » consécutif à une décision judiciaire inédite pour un ancien président.

Jugé aux côtés de neuf autres prévenus depuis mi-mars, Nicolas Sarkozy a été interrogé par l’avocat de parties civiles, Me Vincent Ollivier, sur les propos tenus le 25 septembre 2023. À la sortie de l’audience, après l’annonce de sa condamnation à cinq ans de prison avec exécution provisoire, il avait lancé aux médias : « La haine n’a décidément aucune limite ». Des mots qui avaient suscité des réactions vives parmi certains magistrats, dont le procureur national financier de l’époque, rappelant l’importance de la retenue dans l’expression publique des responsables politiques.

Sarkozy a justifié sa sortie par la brutalité de l’annonce, soulignant que la décision avait été rendue sans débat préalable sur son caractère exécutoire immédiat. « Chacun peut comprendre l’état de choc dans lequel se trouve celui qui apprend qu’il est condamné à cinq années de prison, et que de surcroît il y aura une application immédiate », a-t-il plaidé. Il a ensuite détaillé la cible de sa colère : « J’ai dit le mot ‘haine’ dans mon esprit, il visait un certain nombre de personnes. Il visait les kadhafistes, l’officine Mediapart, qui me poursuit depuis des années, et une partie du réquisitoire du parquet national financier, que je jugeais plus politique que juridique ».

L’ancien président a également défendu sa probité, insistant sur le respect qu’il porte aux victimes tout en affirmant ne pas avoir cherché à les blesser. « Je ne leur ai jamais manqué de respect, je les respecte profondément pour ce qu’ils ont vécu », a-t-il déclaré, ajoutant : « Pour le reste, je crois avoir démontré tout au long de ce long calvaire judiciaire que je respectais l’institution ». Il a reconnu, non sans une pointe d’autodérision, que son style oratoire politique pouvait parfois s’avérer « inadapté aux réalités d’un procès ».

L’incarcération de vingt jours que Nicolas Sarkozy a subie avant d’être placé sous contrôle judiciaire a servi de toile de fond à son intervention. « Quand un ancien président de la République franchit les portes de la Santé, c’est humiliant aussi pour son pays », a-t-il lancé, liant ainsi son sort personnel à celui de la République. Le procès en appel, qui s’étire depuis plusieurs semaines, s’apprête à trancher une nouvelle fois sur une affaire où se mêlent enjeux judiciaires, politiques et symboliques, dans un contexte où la défiance envers les institutions atteint des sommets.

Sources :
  • BFMTV

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