Une équipe de scientifiques de l’université Bar-Ilan, en Israël, vient de réaliser une percée génétique majeure en modifiant le destin biologique de souris femelles. Grâce à l’outil CRISPR, ils ont réussi à transformer des souris génétiquement XX — censées se développer en femelles — en individus dotés de testicules et d’organes génitaux masculins. Cette avancée, publiée dans *Nature Communications*, repose sur une modification si infime qu’elle ne touche qu’une seule lettre de l’ADN, au sein d’une région autrefois qualifiée de « poubelle » pour son absence de fonction apparente. « Nous avons été stupéfaits de constater que cette infime altération suffisait à déclencher un changement radical de développement », confie Nitzan Gonen, chercheuse principale du projet.

L’étude s’est concentrée sur Enh13, un élément génétique agissant comme un véritable interrupteur du développement sexuel. Normalement inactif chez les embryons femelles, ce gène contrôle Sox9, une protéine indispensable à la formation des testicules. En activant Enh13 chez des souris XX, les chercheurs ont observé l’activation inattendue de Sox9, entraînant la formation d’organes masculins complets. « Cela prouve que le maintien de l’inactivité d’Enh13 est crucial pour le développement féminin », explique Elisheva Abberbock, auteure principale de l’étude. Ces travaux complètent une précédente recherche, où des mutations inverses avaient transformé des souris XY en femelles, illustrant la plasticité génétique du sexe biologique.

Une lettre d’ADN suffit à inverser le destin biologique

Si la distinction entre sexe biologique, genre et orientation sexuelle est aujourd’hui mieux comprise, cette découverte soulève des questions complexes. Le sexe, déterminé par des mécanismes entièrement génétiques dès l’embryogenèse, reste un processus partiellement mystérieux. À l’inverse, le genre et l’orientation sexuelle relèvent de dimensions plus subjectives, difficiles à étudier chez l’animal. « Une souris ne nous dira jamais si elle se sent mâle ou femelle, ni par qui elle est attirée », souligne Gonen. Pourtant, environ 1 % de la population mondiale, y compris en Israël, éprouve un décalage entre son sexe assigné à la naissance et son identité de genre.

Les implications médicales de ces recherches sont considérables, notamment pour les quelque 1 enfant sur 4 000 naissant avec des différences de développement sexuel (DSD). Ces anomalies, autrefois désignées sous le terme de « troubles du développement sexuel », recouvrent des situations variées : chromosomes atypiques, organes génitaux ambigus, ou stérilité. « Comprendre l’origine génétique de ces différences peut apporter une forme de paix aux familles concernées », observe Gonen. Elle insiste cependant sur l’improbabilité d’une utilisation de cette technologie pour modifier le sexe d’un fœtus, la stérilité en résultant étant un obstacle majeur. Moins de la moitié des enfants atteints de DSD reçoivent un diagnostic précis, limitant aujourd’hui les possibilités de prise en charge.

Entre espoir médical et vigilance éthique

Cette découverte israélienne ouvre des perspectives inédites pour la médecine génétique, tout en interrogeant les frontières de l’intervention humaine sur la nature. Si les applications cliniques restent aujourd’hui cantonnées à la recherche fondamentale, elles pourraient un jour éclairer des mécanismes encore obscurs de l’embryogenèse. Les chercheurs soulignent néanmoins que leur travail ne vise pas à redéfinir l’identité humaine, mais à mieux comprendre les rouages biologiques du vivant. Cette étude rappelle que la science, aussi précise soit-elle, doit naviguer avec prudence entre progrès et responsabilité éthique.

Sources :
  • Times of Israel

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO