Depuis le lancement des frappes conjointes entre Washington et Tel-Aviv contre l’Iran, l’administration américaine mène un double combat : militaire et narratif. Au Pentagone, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, ancien officier de la Garde nationale et figure médiatique proche de l’exécutif, déroule un discours martelé devant les journalistes. Entre annonces de « victoire militaire capitale » et descriptions de « destructions massives infligées jour après jour », le ton est à l’autocélébration. Pourtant, derrière ces communiqués triomphants se cache une réalité plus nuancée, où les objectifs initiaux peinent à se concrétiser.
Le président Trump avait fixé trois priorités en engageant cette guerre : empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire, affaiblir son arsenal militaire et, dans un second temps, obtenir un changement de régime. Sur le premier point, les frappes ciblant les sites d’enrichissement d’Isfahan, Fordow et Natanz n’ont pas suffi à neutraliser les capacités iraniennes. Selon l’AIEA, l’Iran conserve des stocks d’uranium enrichi à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d’une bombe, protégés sous des décombres. Rafael Grossi, directeur général de l’agence onusienne, a d’ailleurs rappelé l’impossibilité d’une solution purement militaire à cette question. Téhéran, loin de plier, pourrait même renforcer sa détermination à se doter de l’arme nucléaire, perçue désormais comme un rempart indispensable après ces attaques.
L'échec stratégique sur le nucléaire iranien
La question du changement de régime s’est également soldée par un échec cuisant. Trump avait appelé les Iraniens à renverser leur gouvernement une fois les frappes terminées, avant de réclamer une reddition sans condition de la théocratie. Pourtant, malgré la mort de plusieurs hauts responsables, dont le fils du Guide suprême Ali Khamenei, nommé à sa succession, le régime reste debout. L’analogie avec le Venezuela, où Maduro avait été ciblé avec succès par des opérations américaines, ne s’applique pas à l’Iran. Aucune preuve ne confirme une quelconque capitulation des autorités à Téhéran, où la direction semble plus déterminée que jamais.
Le coût humain et matériel de cette guerre dépasse déjà les estimations initiales. Treize soldats américains ont péri, et des centaines d’autres ont été blessés. Les stocks de munitions, notamment de missiles de croisière Tomahawk, se sont épuisés à un rythme effréné, pour un coût quotidien dépassant le milliard de dollars. Sur le plan politique, les divisions au sein même de l’entourage de Trump se creusent. Des figures majeures du mouvement MAGA, comme Tucker Carlson, ont rompu avec le président, tandis que des élus républicains osent critiquer ses menaces de destruction totale de l’Iran. Les démocrates, de leur côté, dénoncent les frappes ayant visé une école à Minab, faisant au moins 168 morts, dont 110 enfants, sans que Washington n’ait encore reconnu sa responsabilité.
Un changement de régime devenu chimérique
L’issue de cette guerre reste incertaine malgré une trêve fragile. Les États-Unis et l’Iran doivent désormais négocier à Islamabad sous l’égide de l’AIEA, mais les positions semblent irréconciliables. Les frappes ont échoué à briser la détermination iranienne, tandis que les pertes humaines et financières pèsent sur la crédibilité américaine. Entre échecs stratégiques et fractures politiques internes, cette guerre illustre les limites d’une approche militaire face à des régimes résilients. Elle interroge aussi sur la capacité de Washington à peser durablement dans une région où sa légitimité est de plus en plus contestée.
- BBC News
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