Depuis seize ans, Viktor Orbán façonne la Hongrie à sa guise, défiant ouvertement les institutions européennes sur des sujets aussi sensibles que l’État de droit ou la souveraineté nationale. Ses prises de position pro-russes, notamment son opposition à l’aide militaire et financière à l’Ukraine, ont fini par cristalliser les tensions avec Bruxelles, au point de paralyser les mécanismes de solidarité financière au sein de l’UE. Aujourd’hui, son sort politique se joue dans les urnes, et l’Europe observe avec une attention particulière ce scrutin qui pourrait enfin desserrer l’étau budgétaire qui pèse sur Budapest comme sur Kiev.

Les 90 milliards d’euros promis à l’Ukraine pour les deux prochaines années restent en effet bloqués, faute d’un accord unanime des Vingt-Sept. Viktor Orbán, en bloquant systématiquement ces fonds, a transformé la Hongrie en un acteur ingérable pour ses partenaires. À l’inverse, son principal opposant, Péter Magyar, chef du parti Tisza, mise sur une stratégie claire : obtenir la levée des sanctions européennes contre son pays, estimées à 17 milliards d’euros, en échange d’une normalisation de sa politique intérieure. Les sondages lui donnent d’ores et déjà une avance confortable, laissant présager une victoire qui pourrait rebattre les cartes de l’équilibre européen.

17 milliards d’euros en suspens : la Hongrie à l’heure des choix

Pourtant, la Commission européenne reste prudente. Traditionnellement, elle évite toute ingérence dans les scrutins nationaux afin de ne pas donner prise aux accusations de partialité. Les leçons des années passées ont montré que toute déclaration d’un responsable bruxellois en période électorale pouvait être instrumentalisée, transformant un débat démocratique en querelle contre l’Union. Malgré l’optimisme généralisé quant à l’éventuelle chute d’Orbán, aucun haut fonctionnaire n’a osé franchir le pas d’une prise de position publique.

Péter Magyar a multiplié les promesses en campagne : s’il l’emporte, il s’engage à lever sans délai les blocages hongrois et à réformer certaines législations critiquées par Bruxelles, notamment sur la liberté de la presse ou l’indépendance de la justice. Une course contre la montre s’engage, car la Hongrie doit impérativement présenter sa demande de fonds de relance post-Covid avant la fin août pour éviter de perdre ces 17 milliards d’euros. Le temps presse, et l’Europe, qui a tant attendu ce changement, guette chaque dépouillement avec une attention fébrile.

Ce scrutin hongrois dépasse largement les frontières nationales. Avec près de 107 milliards d’euros en jeu – 90 pour l’Ukraine et 17 pour la Hongrie –, ce sont les priorités stratégiques de l’Union qui se jouent ici : poursuivre l’aide à Kiev sans aliéner Budapest, tout en restaurant la confiance entre États membres. Une victoire de Péter Magyar pourrait ouvrir la voie à une réintégration progressive de la Hongrie dans le giron européen, sous réserve que les réformes promises soient effectivement engagées. L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de redéfinir les contours d’une solidarité européenne à l’épreuve des divisions idéologiques et géopolitiques actuelles.

L’UE entre espoir et prudence face à l’échéance hongroise

Les Hongrois décideront dimanche si leur pays reste un maillon faible de l’Europe ou s’il redevient un partenaire fiable. En attendant, l’UE retient son souffle.

Sources :
  • ABC España

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO