La tomate, le jambon, le fromage : trois ingrédients, trois substitutions


Sur la sauce tomate,

certains fabricants optent pour du concentré dilué aux deux tiers d'eau plutôt que de la purée classique. Résultat : 40 % d'économie sur la matière première, pour un goût qui s'éloigne sensiblement de la tomate fraîche. L'indication figure bien sur l'étiquette, mais qui lit les étiquettes ?

Pour le jambon,

les chutes de découpe de la cuisse de porc, grasses et nerveuses, récupérées après la production du jambon supérieur, sont assemblées et injectées d'une saumure contenant eau, sel et polyphosphates. Ces additifs chimiques retiennent l'eau dans la viande, la rendent homogène, lui donnent une belle couleur rosée et gonflent artificiellement son poids de 30 %. 

Quant au fromage, certaines pizzas discount ne contiennent tout simplement pas de fromage.

À la place figurent des "préparations fromagères" ou "spécialités alimentaires" : un mélange de fromage, protéines de lait, sels fondants, huile de palme et amidon modifié. Deux fois moins cher que le fromage réel, légalement autorisé tant que le mot "fromage" n'apparaît pas seul sur l'emballage. 

Le marché a ses logiques, le consommateur ses responsabilités

Rien de tout cela n'est illégal. Les ingrédients sont mentionnés sur les étiquettes, les dénominations réglementées respectées. L'industrie agroalimentaire répond à une demande réelle : celle d'un produit abordable, disponible partout, acceptable nutritionnellement. 

Ces pizzas représentent aujourd'hui une pizza sur trois vendues en France.

Reste que la frontière entre économie d'échelle et tromperie marketing est mince. Vendre sous l'argument de "l'authenticité italienne" un produit dont le jambon est reconstitué, le fromage remplacé par une préparation à l'huile de palme et la sauce diluée au concentré relève d'une certaine forme de cynisme commercial. Dans un marché libre, c'est au consommateur d'être informé et d'exercer son choix en connaissance de cause. À condition que l'information soit lisible, accessible et honnête.

En définitive, la pizza industrielle « premier prix » est le pur produit d'une prouesse chimique et logistique, capable de transformer des substituts peu coûteux en une illusion de gastronomie. 

Si la légalité de ces pratiques est incontestable, leur moralité marketing reste sujette à caution.

Pour ne plus être le complice involontaire de cette technique commercial, une seule arme demeure vraiment efficace : le décryptage systématique des étiquettes.

Car, au-delà du prix affiché en rayon, le véritable coût de ces produits se mesure ailleurs : dans la perte de saveur, et une qualité nutritionnelle dégradée. Choisir la qualité face à l'artifice reste l'acte qui, à terme, forcera l'industrie à réaligner ses recettes sur l'authenticité qu'elle prétend vendre.

Sources :
  • DGCCRF (Répression des fraudes)
  • Cash Investigation (France 2)
  • Foodwatch France

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