Assis depuis l’âge de 13 ans sur le même strapontin, Jean-Pierre Viel incarne la fidélité absolue. « Après la guerre en 1947, et à partir de cette date-là, nous avons loué une cabine », raconte-t-il. Quatre-vingts ans plus tard, il n’imagine pas Deauville sans cette tradition. « Je crois qu’on n’imagine pas habiter Deauville sans essayer d’avoir une cabine de plage », assure-t-il. Les cabines, blanches, rayées ou colorées, sont devenues des icônes intemporelles, bien au-delà des modes passagères.

Un héritage de quatre-vingts ans

À Malo-les-Bains, près de Dunkerque, les candidats se comptent par centaines pour décrocher l’un des 195 emplacements disponibles. Chaque été, un tirage au sort départage les 1 000 postulants. Pauline Malec, enseignante, a attendu des années avant d’obtenir la cabine numéro 27. « C’est un point de chute où tout le monde se rencontre tous les jours, tandis qu’à la maison on se voit quand même beaucoup moins souvent », explique-t-elle. Le prix de la location varie entre 400 et 1 000 euros selon l’emplacement, mais l’attente en vaut la peine.

Jacqueline Gabant, retraitée, réserve sa cabine depuis dix-huit ans. « Je vais vous dire, la plage sans la cabine, on irait simplement au bistrot . » lance-t-elle, amusée. Dans quatre mètres carrés, elle entasse pare-vents, sièges et réserves pour l’apéro. « C’est petit, mais c’est grand », résume-t-elle. Le coût total de la location s’élève à 700 euros pour la saison. Pourtant, son attachement va bien au-delà du prix. « Si on était privé de cette cabine de plage, ce serait vraiment une grande blessure. C’est un luxe pour nous d’avoir cette cabine. C’est le paradis », confie-t-elle.

« La plage sans la cabine, on irait simplement au bistrot. » — Jacqueline Gabant, retraitée locataire depuis 18 ans.

Le Graal des planches. Les cabines de Deauville, inaugurées en 1924, portent aujourd’hui les noms de stars d’Hollywood. John Travolta y est associé, tout comme Jean Gabin dans les années 1960. « Les Français, ils n’ont pas besoin d’un hommage, parce qu’ils ont investi la plage de Deauville à leur manière », souligne Philippe Normand, auteur de l’ouvrage Les planches, Deauville – 100 ans d’histoires. Nathalie Aubinat, locataire assidue, confirme : « La cabine sur les planches, c’est vraiment le Graal. C’est la légende qui commence à s’installer ».

Le succès ne se dément pas. De la Côte Fleurie à Dunkerque, les demandes affluent et les listes d’attente s’allongent. À Deauville, les cabines en béton ou en bois, posées parfois à même le sable, structurent le paysage balnéaire. Certaines, discrètes, se fondent dans le décor, tandis que d’autres, devenues emblèmes, attirent les regards. Leur histoire remonte au XIXe siècle, avec l’essor du tourisme balnéaire, mais c’est bien au XXe siècle qu’elles ont acquis leur statut de symbole.

De 400 à 1 000 euros la saison : le prix de l’éternel été.

L’attente, prix de la tradition

Jean-Pierre Viel, toujours fidèle, résume l’essentiel : « Je suis toujours là, fidèle à Deauville et à sa cabine ». Une passion qui dépasse le simple loisir pour devenir une institution. Le bonheur, ici, se mesure en mètres carrés et en souvenirs partagés sous le soleil normand.

Sources :
  • France Info

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