La justice catalane a frappé fort : un mandat d’arrêt a été émis contre Jair Domínguez, humoriste et chroniqueur télévisuel, après que celui-ci n’ait pu être localisé pour recevoir sa convocation à un procès prévu le 14 avril. Le tribunal de Barcelone justifie cette décision par la nécessité de garantir sa présence lors de l’audience, dans le cadre d’une procédure ouverte pour incitation à la haine. Une ironie mordante a accompagné l’annonce, lorsque Domínguez a ironisé sur les difficultés à le joindre, déclarant : « Pour savoir où je me trouve ? Je suis à Banyoles ».

Les racines de ce procès remontent à février 2021, lorsque, dans une émission de Catalunya Ràdio, l’humoriste avait appelé à combattre « avec un coup de poing dans la bouche » les membres de Vox, qu’il qualifiait de « néonazis ». Le parti d’extrême droite, dirigé par Santiago Abascal, a porté plainte pour incitation à la haine, réclamant deux ans de prison ferme. Initialement, le dossier avait été classé à deux reprises par la justice, les Mossos d’Esquadra estimant que ses propos ne présentaient pas de danger immédiat. Pourtant, la cour d’appel de Barcelone a estimé que ses déclarations constituaient une « incitation réelle à la violence », rouvrant ainsi la procédure en juin 2023.

La justice face à l'impunité des provocations médiatiques

L’histoire de Domínguez est émaillée de provocations bien plus graves que ce dernier épisode. En 2012, lors d’une émission télévisée, il avait simulé des tirs contre des cibles représentant le roi Juan Carlos Ier, l’ancien président du Palau de la Música Fèlix Millet et le journaliste Salvador Sostres. La réalisatrice du programme avait démissionné sous la pression, tandis que TV3 avait retiré les images et condamné un « attentat aux principes éthiques et démocratiques ». L’affaire, classée sans suite par la justice, n’avait pas entravé sa carrière.

Ses excès verbaux ne se limitent pas à l’antenne. En décembre 2017, un article publié dans la revue Esguard décrivait avec une précision macabre comment il aimerait torturer Juan Ignacio Zoido, alors ministre de l’Intérieur, en le maintenant sur une table d’opération avant de lui sectionner la « papade » avec un cutter. Le porte-parole du gouvernement, Íñigo Méndez de Vigo, avait dénoncé « une preuve supplémentaire de la rupture du vivre-ensemble en Catalogne ». En 2020, lors d’une interview, il était allé jusqu’à déclarer : « Un attentat au métro avec des morts, c’est ce qui change les choses politiquement. L’histoire nous montre qu’il n’y a pas de changement sans bombes ni sans sang ».

La justice face à l’impunité des provocations.

Au-delà des péripéties judiciaires, ce dossier soulève une question de fond : comment concilier liberté d’expression et responsabilité pénale lorsque des propos, fussent-ils satiriques, franchissent une ligne rouge ? Si Vox porte seul l’accusation, les archives de Domínguez, financées par l’argent public, témoignent d’une constance dans la provocation. Ses déclarations, ses performances et ses écrits, tous accessibles et signés, rappellent que la justice doit désormais trancher entre le droit à la satire et la protection contre l’incitation à la violence.

Sources :
  • EL ESPAÑOL

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