Les logiciels de surveillance déployés par les employeurs en France transmettent les données des salariés à des géants du numérique comme Google, Meta et Microsoft. Une enquête révèle que les neuf outils testés – Apploye, Buddy Punch, Deputy, Desklong, Hubstaff, Monitask, Time Doctor 2, Vericlock et When I Work – envoient systématiquement ces informations à plus de 145 domaines tiers, dont des régies publicitaires. Les données concernées incluent les noms, adresses email et activités des salariés, parfois même leur géolocalisation en temps réel, y compris en arrière-plan.

Quatre éditeurs sur neuf ont répondu aux chercheurs ayant mené l’enquête. Parmi eux, Time Doctor a utilisé un chatbot automatique pour justifier ses pratiques, soulignant l’absence de transparence des outils eux-mêmes. Pourtant, en droit français, ces transmissions de données à des tiers publicitaires violent plusieurs principes fondamentaux. Le RGPD impose une collecte minimale des données et exige une base légale explicite pour chaque traitement. Le Code du travail encadre strictement l’usage des dispositifs de surveillance, notamment en matière de proportionnalité et d’information préalable des salariés.

Une pratique généralisée et illégale

La CNIL a déjà tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises. Elle considère que des pratiques comme les captures d’écran continues ou la géolocalisation permanente sans possibilité de désactivation sont ni pertinentes ni proportionnées. Le cas d’Amazon France Logistique illustre cette dérive : la CNIL a infligé 32 millions d’euros d’amende en décembre 2023 pour une surveillance jugée excessivement intrusive, avant que le Conseil d’État ne réduise cette sanction à 15 millions en décembre 2025. Pourtant, les neuf outils documentés dans cette étude reproduisent exactement le mécanisme condamné chez Amazon, tout en ajoutant une transmission des données à des tiers publicitaires.

Les données des salariés deviennent des marchandises pour les géants du numérique.

Pour les salariés français, le droit d’accès prévu par le RGPD offre une parade. Il permet d’exiger de son employeur la liste des outils de surveillance utilisés ainsi que le registre des traitements associés. Une démarche qui pourrait refroidir l’enthousiasme pour ces logiciels, souvent présentés sous le nom de bossware. Pourtant, leur adoption continue de croître, malgré les risques juridiques et les atteintes à la vie privée qu’ils engendrent.

Les chercheurs soulignent que cette pratique généralisée pose une question de fond : jusqu’où les entreprises peuvent-elles aller dans la surveillance de leurs salariés sans franchir une ligne rouge ? La réponse se trouve dans l’application stricte du cadre légal, mais aussi dans la vigilance des salariés et des instances de contrôle comme la CNIL.

Les outils de surveillance en entreprise ne se contentent plus de mesurer la productivité. Ils transforment les salariés en cibles publicitaires, exposant leurs données personnelles à des acteurs dont les pratiques en matière de protection des données restent controversées. Une dérive qui interroge sur l’équilibre entre efficacité professionnelle et respect de la vie privée.

La surveillance au travail franchit une ligne rouge : la transmission des données personnelles à des régies publicitaires.

La CNIL a déjà rappelé à plusieurs reprises que la surveillance des salariés doit rester proportionnée et transparente. Pourtant, les outils testés contournent ces principes en transmettant des données sensibles à des tiers, sans toujours informer clairement les employés. Une situation qui rappelle les dérives déjà sanctionnées chez Amazon, mais avec une dimension supplémentaire : la monétisation des données personnelles.

Les salariés face à l’opacité des outils

Pour les salariés, la seule solution reste de s’informer sur leurs droits et d’exiger le respect des règles. Le RGPD offre un levier concret, mais son efficacité dépend de la capacité des travailleurs à faire valoir leurs revendications face à des employeurs parfois réticents à renoncer à ces outils.

Sources :
  • 01net

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