Monseñor Luis Argüello, président de la Conférence épiscopale espagnole, a publié sur le réseau social X un message qui rompt avec les prises de position habituelles de l’institution. Alors que les migrants traversant la frontière de Ceuta font l’objet de toutes les attentions, il y voit bien davantage qu’un simple phénomène migratoire : une stratégie de pouvoir. « La biopolitique est clé dans le pouvoir mondial actuel. On joue avec la vie et on utilise les personnes — leurs rêves, leur faim, leur sexualité, leurs données — au profit du profit et du pouvoir. Les migrations font partie de cette stratégie. L’invasion de Ceuta en est un test. La démographie est une arme », écrit-il.

Une analyse qui détonne dans le discours ecclésiastique

Cette analyse, originale dans le paysage ecclésiastique, place la question migratoire sous un angle radicalement différent. Alors que l’Église se concentre traditionnellement sur l’accueil et la protection des personnes, l’archevêque de Valladolid élargit le débat. Il dénonce une société soumise à des tests permanents, où la vie humaine devient un instrument au service d’objectifs politiques et économiques.

Pour étayer son propos, monseñor Argüello s’appuie sur la pensée du philosophe Hans Jonas, auteur de Le Principe responsabilité. Ce dernier avait posé comme impératif catégorique que « les effets de l’action humaine ne doivent jamais être destructeurs pour la possibilité future de la vie humaine sur Terre ». Une mise en garde reprise par l’archevêque, qui souligne l’urgence d’une éthique capable de protéger l’intégrité de l’homme.

« La démographie est une arme. » Monseñor Luis Argüello

Le Service jésuite aux migrants, cité dans l’article, va plus loin encore. Il dénonce une « confusion » visant à réduire le phénomène à une question migratoire alors qu’il s’agirait, en réalité, d’une manœuvre de plus grande envergure. « Ce n’est pas un simple flux migratoire, c’est une stratégie », affirme-t-il.

La biopolitique, concept théorisé par Michel Foucault, désigne ici une forme de pouvoir qui instrumentalise la vie des individus. Elle ne se limite pas aux États ou aux gouvernements, mais s’étend à toutes les institutions capables de façonner les comportements et les flux démographiques. Dans cette perspective, les frontières deviennent des laboratoires où s’expérimentent des méthodes de contrôle social et économique.

La vie humaine réduite à un levier de pouvoir.

La démographie, nouvelle arme des pouvoirs

Monseñor Argüello ne se contente pas de critiquer : il appelle l’Église à assumer un rôle prophétique. Face à une société où la vie humaine est de plus en plus traitée comme une ressource, il enjoint les responsables religieux à rappeler que « la personne ne doit jamais être un enjeu ». Une responsabilité qui dépasse le cadre national et interroge l’équilibre même des sociétés modernes.

Sources :
  • ABC España

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