Faut-il préserver la biodiversité pour elle-même ou seulement parce qu’elle sert l’humanité ? Cette question, rarement posée dans le débat public, traverse pourtant le dernier ouvrage de Marc-André Selosse, De la biodiversité comme un humanisme. Loin de clarifier les enjeux, ce livre contribue à sacraliser un concept souvent présenté comme indiscutable. Pourtant, derrière le slogan « Sauver la biodiversité . » se cache une vision du monde qui interroge : et si cette idéologie devenait antihumaniste ?

Un dogme qui occulte les réalités concrètes

Les discours sur la biodiversité en font une œuvre d’art à conserver sous cloche. Pourtant, la biodiversité désigne trois réalités distinctes : la diversité génétique au sein des espèces, la diversité des espèces elles-mêmes et celle des écosystèmes. Faut-il préserver l’ensemble, et pourquoi ? Le statu quo serait-il préférable à l’évolution naturelle ? L’injonction à figer le vivant apparaît d’autant plus surprenante que la biodiversité ne cesse de se transformer sur notre planète. Pourquoi donc vouloir arrêter le mouvement même de la vie ?

Certains évoquent une sixième extinction massive en cours. Une hypothèse plausible, mais non démontrée. Certains facteurs d’érosion de la biodiversité, comme l’extension des terres agricoles, pourraient même s’atténuer dans les décennies à venir. Marc-André Selosse lui-même admet qu’un effondrement de la biodiversité ne serait pas définitif : comme après les grandes extinctions passées, la vie rebondirait. La biodiversité n’est donc pas ce trésor fragile que l’on décrit souvent. Elle est, au contraire, d’une résilience remarquable.

La biodiversité n’est pas un idéal à préserver à tout prix, mais un outil au service de l’humanité.

Si la biodiversité n’est pas un bien à préserver pour elle-même, c’est parce qu’elle serait cruciale pour notre santé, selon Selosse. Aucune vie humaine n’est possible sans un certain degré de diversité du vivant. Notre survie dépend d’un ensemble d’organismes — animaux, plantes, bactéries — dont nous tirons des ressources indispensables. Les champignons, par exemple, jouent un rôle décisif dans l’agriculture. Sur ce point, difficile de contredire l’auteur. Mais est-ce pour autant que la biodiversité en tant que telle est bonne pour l’humanité ?

Une nature riche en espèces est aussi une nature saturée de menaces. Les agents pathogènes — virus, bactéries, parasites — font pleinement partie de cette diversité. L’histoire humaine est aussi celle de sa lutte contre ces fléaux, de la peste au paludisme jusqu’aux maladies émergentes. Une grande diversité d’espèces végétales ou animales n’est pas toujours compatible avec nos besoins : l’agriculture s’est construite sur la simplification des écosystèmes, la sélection de quelques espèces et l’élimination de celles qui nuisent. Qui regrette vraiment la disparition des grands prédateurs des campagnes ?

L’humanité a toujours trié, transformé, réduit la nature. Pourquoi faudrait-il cesser aujourd’hui ?

L’agriculture, exemple d’une biodiversité maîtrisée

Les discours en faveur de la biodiversité mettent sur le même plan les organismes utiles et ceux qui menacent l’homme. Ils laissent croire à une harmonie naturelle impossible. Pourtant, le bien-être humain suppose de sélectionner, de contrôler et, parfois, d’éliminer certaines formes de vie. Faire de la biodiversité un idéal revient, à l’inverse de ce que pense Selosse, à défendre une conception du monde profondément antihumaniste. La nature n’est pas un musée, et l’humanité n’est pas un intrus dans ce tableau.

Sources :
  • Causeur

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