Le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, a reconnu un échec collectif de l'État dans l'affaire Lyhanna. "Ce n'est pas seulement un échec de l'institution judiciaire, c'est un échec global de l'État", a-t-il déclaré sur Ici Occitanie. Il évoque des dysfonctionnements probables au sein de la gendarmerie et de l'Éducation nationale, soulignant une défaillance systémique bien au-delà du seul appareil judiciaire.
Homayra Sellier, présidente de l'association Innocence en danger, dénonce sur Europe 1 un manque de volonté politique face aux manquements de la justice française. Elle juge impossible la demande de Gérald Darmanin d'examiner 70 000 dossiers de violences sur mineurs en un mois. "Cette annonce est démagogique", assène-t-elle, tout en saluant le soutien apporté à la famille de Lyhanna.
L'État face à ses défaillances
Les procureurs de la République, eux, estiment la tâche irréalisable. Étienne Thieffry, procureur de Béthune et membre de la Conférence nationale des procureurs, souligne que les affaires de mœurs et de viols sur mineurs sont déjà prioritaires. Il évoque des centaines, voire des milliers de dossiers à traiter, aggravés par un manque criant d'enquêteurs. "Les services d'enquête sont insuffisamment nombreux pour absorber ce volume", insiste-t-il.
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, et Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, sont auditionnés ce matin par la commission des lois du Sénat à partir de 9h30. Leur présence est requise dans le cadre de l'enquête sur la mort de Lyhanna. Le principal suspect, Jérôme Barella, a été incarcéré dans une prison du sud de la France. Il fait l'objet d'une surveillance accrue en raison d'un risque suicidaire avéré.
Les deux filles mineures de Jérôme Barella, dont l'aînée était proche de Lyhanna, ont été déscolarisées après le début de l'affaire. Elles sont désormais placées sous la protection de leur mère. La maison familiale, située dans le Gers, a été mise sous scellés par les enquêteurs.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, a convoqué en urgence cinq ministres à Matignon pour une réunion de travail dédiée à l'affaire Lyhanna. Laurent Nuñez, Gérald Darmanin, Édouard Geffray, Stéphanie Rist et Aurore Bergé sont attendus pour arbitrer des mesures complémentaires. La lettre de convocation précise l'objectif : renforcer la répression des violences sexuelles sur mineurs et améliorer l'accompagnement des victimes.
Dans cette lettre, Sébastien Lecornu souligne que "beaucoup de mesures ont été mises en œuvre ces neuf dernières années pour prévenir, protéger et réprimer les violences sexistes et sexuelles". Pourtant, il estime nécessaire d'aller plus loin. Parmi les pistes évoquées : l'aggravation des peines pour viols sériels, la modification des règles de prescription, et une meilleure information des victimes tout au long de la procédure judiciaire.
Les procureurs débordés par l'ampleur des dossiers
Le principal suspect, Jérôme Barella, pourrait être placé à l'isolement dans les prochains jours. Les services pénitentiaires craignent des représailles de la part d'autres détenus. Comme la majorité des prisonniers, il conserve un accès à la télévision et peut suivre l'actualité, ce qui expose l'institution à de nouvelles tensions.
- BFMTV
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