Cinq mille personnes sont attendues ce dimanche à Fleurance, dans le Gers, pour une marche blanche en hommage à Lyhanna, 14 ans, dont le corps a été retrouvé jeudi 4 juin dans un silo agricole abandonné de Puycasquier. Le garde des Sceaux a présenté des excuses au nom de la Justice, mais l’émotion reste vive après ce drame qui interroge les failles du système judiciaire et les dysfonctionnements des enquêtes locales.

L’autopsie initiale n’a pas permis de déterminer les causes du décès de la collégienne. Les légistes ont donc fait appel à des anatomopathologistes pour des examens complémentaires, une procédure classique en cas d’homicide. Les lésions sur un larynx d’enfant, plus souples que chez un adulte, pourraient révéler une suffocation, tandis que des analyses toxicologiques sont en cours pour écarter toute hypothèse d’empoisonnement.

Jérôme Barella, 41 ans, mis en examen pour enlèvement, séquestration et meurtre d’une mineure de moins de 15 ans, était visé par plusieurs signalements depuis des années. En 2017, une mère avait alerté sur une relation entre sa fille de 17 ans et cet homme, alors âgé de 32 ans. Pourtant, aucune mesure n’avait été prise pour empêcher un nouveau drame.

L’échec des alertes répétées

Le procureur d’Agen a confirmé que l’identification de la victime était acquise, mais que les médecins légistes ne pouvaient toujours pas indiquer les causes de la mort. L’enquête repose désormais sur la reconstitution des faits et l’audition du suspect, dont le mutisme complique le travail des magistrats. Trois questions restent en suspens : y avait-il intention de tuer, le crime était-il prémédité, et le mobile est-il sexuel ?

Le dossier de la gendarmerie de Lectoure, saisie en janvier pour l’affaire Rosa, illustre les faiblesses structurelles des moyens alloués. Avec 115 procédures en cours pour seulement huit gendarmes, dont 7 pour des faits de violences sexuelles, l’unité est saturée. 274 dossiers ont été clôturés depuis janvier, mais le stock d’affaires criminelles pèse sur la qualité des enquêtes.

« La justice a échoué à protéger Lyhanna. Son nom s’ajoute à la liste des victimes d’un système qui tourne à vide. »

C’est un appel anonyme reçu jeudi à la gendarmerie d’Auch qui a permis de localiser le corps. Un témoin a révélé que Barella avait travaillé sur une structure agricole à Puycasquier, où le silo abandonné servait occasionnellement de lieu d’entretien. Les enquêteurs ont pu accéder aux lieux grâce à une personne connaissant parfaitement les installations, mettant fin à une semaine d’angoisse pour les proches de Lyhanna.

Face à l’ampleur du scandale, des élus de tous bords, à l’exception de l’extrême droite, ont annoncé une mobilisation transpartisane pour faire adopter une proposition de loi contre les violences sexuelles et sexistes. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et des députés socialistes, centristes ou écologistes veulent inscrire ce texte à l’ordre du jour. Bruno Retailleau, président des Républicains, a dénoncé un « naufrage de la justice » et propose la création d’une cour disciplinaire de la magistrature, composée de citoyens tirés au sort et de magistrats.

La famille de Lyhanna a appelé à la prudence face aux fausses cagnottes en ligne, rappelant qu’aucune collecte officielle n’existe. La maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a souligné l’importance du recueil de la parole des enfants, « première étape et essentiel » dans la lutte contre les violences. Des habitants de la région, sous le choc, dénoncent les dysfonctionnements qui ont permis ce drame.

Des personnalités comme Andréa Bescond et Flavie Flament ont réagi à l’affaire. La première interprétera son spectacle « Les Chatouilles » aux Folies Bergère, avec une recette reversée à la Fondation des femmes, pour alerter sur les défaillances judiciaires. La seconde, victime de violences dans son adolescence, a porté plainte contre Patrick Bruel en mai dernier pour des faits remontant à ses 16 ans.

« Les citoyens ne veulent plus être les spectateurs d’une chaîne judiciaire en déroute. »

Jennifer De Araujo, mère de Maëlys, tuée par Nordahl Lelandais en 2017, a immédiatement fait le lien avec l’enlèvement de Lyhanna. « L’enfant qui monte dans une voiture, l’exploitation de la vidéosurveillance… L’histoire de Lyhanna m’a tout de suite fait penser à Maëlys », a-t-elle confié. La marche blanche de dimanche s’annonce comme un moment de rassemblement national contre l’impunité.

Sous-titre H2 : L’échec des alertes.

Les lacunes des moyens policiers

Depuis 2017, Jérôme Barella était signalé pour des comportements à risque. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été prise pour protéger les mineurs. Les signalements, comme celui de la mère d’une adolescente de 17 ans, n’ont pas suffi à déclencher une enquête approfondie. Ce cas illustre les failles d’un système où les alertes se perdent dans les rouages administratifs.

Sources :
  • BFMTV

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