L'écrivain péruvien Jaime Bayly, connu pour ses prises de position controversées et son style provocateur, avoue avoir lancé une campagne de propagande impudique pour promouvoir son dernier roman, « Los golpistas ». Face à l'indifférence des médias espagnols, il envisage désormais un moyen radical : mourir à Madrid. Une stratégie désespérée pour doper les ventes de son œuvre, qui peine à trouver son public.

La question s'impose alors : pourquoi aucun programme télévisé espagnol, qu'il soit matinal, de fin d'après-midi ou nocturne, ne souhaite l'accueillir ? Pour Bayly, la réponse est sans appel. Il se perçoit comme un invité inconvenant et délaissé, un poids mort que les chaînes préfèrent éviter. Pourtant, il reconnaît que des auteurs à succès comme Pérez-Reverte ou Gómez-Jurado y sont régulièrement invités. À ses yeux, son image de « plomb » et de « rémora » explique ce rejet. « On me voit comme un pas en faux, une erreur de casting », écrit-il.

Le déclin d'un écrivain

Il se souvient pourtant des invitations plus nombreuses de jadis, il y a une vingtaine d'années, lorsqu'il était encore mince et considéré comme un écrivain à succès. Des figures comme Fernando Savater ou Javier Sardá l'avaient reçu dans leurs émissions. Savater lui avait offert une interview mémorable, où ils évoquaient entre autres les « motines » que représentaient leurs érections et les pilules bleues pour les stimuler. Buenafuente, lui, l'avait accueilli avec bienveillance dans son émission nocturne, tandis qu'Ana Rosa Quintana lui avait même proposé de devenir un tertulien rémunéré, une offre qu'il avait déclinée.

« Chaque jour en Europe, c'est deux jours de vie perdus en Amérique. »

Mais aujourd'hui, plus personne ne veut lui consacrer un quart d'heure. Bayly l'assume avec une forme de résignation teintée d'amertume. « Chaque jour passé en Europe, c'est deux jours de vie perdus en Amérique », confie-t-il. L'Europe, pour lui, rime avec insomnies et sédatifs. L'Amérique, en revanche, lui offre un sommeil réparateur. Il se présente comme un homme de l'autre rive, un écrivain américain avant tout.

Son projet ? Se rendre à la Feria del Libro du Retiro à Madrid, dans la casemate de son éditeur Galaxia Gutenberg. Il a déjà réservé son billet d'avion et son hôtel. Mais le doute l'habite. « Si je meurs en Espagne, ma nouvelle novela se vendra peut-être mieux. Mes éditeurs me regretteront, mais pas autant que mes lecteurs. » Une mort soudaine, en pleine séance de dédicaces, filmée et diffusée sur les réseaux, pourrait selon lui être la meilleure campagne de promotion possible. Une fin spectaculaire pour un écrivain en quête de reconnaissance.

Sa femme, pragmatique, partage ce point de vue. Elle y voit une opportunité financière : « Les droits d'héritage seront bien plus élevés une fois que je ne respirerai plus. » Les désagréments du voyage – les files d'attente interminables dans les aéroports, les passagers aux flatulences envahissantes, les nuits empoisonnées par les somnifères – ne sont que des détails à ses yeux. Ils raccourcissent sa vie, mais rapprochent son objectif : devenir un écrivain « tieso », un cadavre littéraire dont les vertus seraient enfin reconnues.

« Une mort en direct pourrait être la meilleure campagne de promotion. »

Bayly laisse le hasard décider de son départ. Si un producteur espagnol daigne l'inviter à la télévision dans les prochains jours, il prendra l'avion sans hésiter. Même si l'interview est programmée pour le second semestre de l'année prochaine, lorsque, devenu « exangue », il sera enfin célébré par la critique. En cas d'échec, il se rabattra sur les plateformes YouTube, même si les animateurs y sont souvent « truculents, morbides ou cizañeros ». Il est prêt à parler de littérature, de politique, de football, de religion, d'ouragans, d'amour et même de sexe anal, un sujet où il se considère comme une voix autorisée.

Madrid ou la fin d'un rêve

Si Madrid n'est pas sa destination finale, il ne baissera pas les bras. Il persistera jusqu'à obtenir gain de cause. Peut-être qu'un producteur, excédé par son insistance et celle de ses assistants, cédera : « Invitez donc ce gros insupportable, mal peigné et libidineux. Qu'il vienne parler de ses livres, mais qu'il ne nous prenne pas pour des idiots. Qu'on lui paie l'interview, car sa mère a les moyens de le maintenir. » Pour Bayly, ce serait alors une interview « cohechada », un arrangement où tout le monde y trouverait son compte, y compris les chaînes qui le paieraient pour l'avoir à l'antenne.

Sources :
  • ABC España

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