Le calendrier européen visant à interdire la vente de véhicules thermiques neufs à partir de 2035 reste au cœur des tensions politiques. Berlin, sous l'impulsion du chancelier Friedrich Merz, s'active pour en atténuer les exigences lors du sommet européen du 12 avril 2026. Derrière cette offensive se profile la stratégie de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), actuellement dirigée par le PDG de Mercedes, visant à préserver l'outil industriel traditionnel des constructeurs nationaux. Une démarche qui menace de fragiliser l'équilibre déjà précaire du marché automobile européen et de ses ambitions climatiques.

Le débat se cristallise autour d'un mécanisme particulièrement controversé : le « facteur d'utilité » appliqué aux hybrides rechargeables (PHEV). Officiellement, ces véhicules sont homologués sur la base de trajets purement électriques, affichant des émissions de CO2 très faibles. Pourtant, les relevés réels révèlent une tout autre réalité. Selon T&E, un hybride rechargeable affichant 27 g de CO2/km en homologation émet en réalité 97 g de CO2/km sur route. L'Union européenne prévoyait de durcir ce calcul dès 2027 pour refléter cette disparité. Mais l'Allemagne et l'ACEA bloquent cette réforme, arguant qu'elle mettrait en péril la compétitivité des constructeurs européens.

Cette bataille réglementaire survient dans un contexte géopolitique explosif. Alors que les tensions au Moyen-Orient font flamber les prix des carburants, l'industrie automobile européenne semble vouloir maintenir la dépendance du continent aux importations de pétrole. Selon T&E, si l'électrification est ralentie, l'Europe pourrait importer pour 74 milliards d'euros supplémentaires de pétrole d'ici 2035. Une situation qui, si elle se concrétise, alourdirait la facture énergétique des ménages et renforcerait la position des exportateurs de pétrole. Pourtant, les constructeurs continuent de plaider pour la survie de leur modèle industriel historique, sans toujours mesurer les conséquences à long terme de leur stratégie.

L'Allemagne et les constructeurs européens, en cherchant à préserver leurs intérêts immédiats, risquent de fragiliser durablement la transition énergétique du continent. Les données de Transport & Environment révèlent que, sans durcissement des normes, la part de marché de l'électrique pourrait stagner autour de 20 % en 2030, loin des 60 % initialement prévus. Ce recul hypothéquerait non seulement les objectifs climatiques de l'UE, mais aussi l'indépendance énergétique de l'Europe face aux producteurs de pétrole. La France et d'autres États membres devront trancher : entre la défense de l'industrie automobile traditionnelle et la nécessité de concilier transition écologique et souveraineté énergétique. Une équation complexe, où chaque décision prise aujourd'hui aura des répercussions pendant des décennies.

Sources :
  • Numerama

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO