L'autorité anti-corruption australienne affirme, dans des documents déposés cette semaine devant la Cour fédérale, que le carnet Moleskine bleu de Bruce Lehrmann renferme certains des « documents les plus sensibles jamais détenus par le gouvernement australien ». Une allégation aussi spectaculaire que surprenante, alors que Lehrmann poursuit en justice le commissaire sortant de l'Anti-Corruption Commission (NACC) Paul Brereton et le ministre d'État spécial Don Farrell, tous deux du gouvernement travailliste fédéral, pour les frais de justice engagés lors de l'enquête qui le vise.

Les fonctionnaires de la NACC avaient perquisitionné le domicile de Lehrmann en Tasmanie en juin 2024, dans le cadre d'une enquête pour détournement présumé de documents secrets liés aux sous-marins français. Ces documents, selon les accusations, auraient été subtilisés en 2019 par Lehrmann alors qu'il travaillait comme conseiller politique et de sécurité nationale auprès de l'ancienne ministre de l'Industrie de la défense, Linda Reynolds. Lehrmann dément catégoriquement ces allégations et réclame désormais la restitution de son carnet, jugé par lui comme un simple « document intime ».

Un document classé parmi les plus sensibles de l'État

Dans ses conclusions judiciaires, Lehrmann s'étonne que des notes manuscrites, marquées par la NACC comme « protégées » et « secrètes », aient été transmises aux ministères de l'Intérieur et de la Défense, alors qu'aucune accusation ne pèse contre lui. Il souligne que son carnet, saisi parmi cinq autres, ne contient que des « notes de réunions quotidiennes ordinaires tenues entre 2018 et 2019 », impliquant des ministres du cabinet, des Premiers ministres, des avocats et des collaborateurs politiques.

Un carnet personnel transformé en dossier d'État. L'intime devient un enjeu de sécurité nationale.

Le contenu exact du carnet reste flou, mais Lehrmann précise dans son affidavit qu'il s'agit de comptes-rendus d'échanges « jamais destinés à une agence gouvernementale ». Il dénonce une contradiction : si les informations étaient réellement aussi sensibles, comment expliquer l'absence totale de réaction de la NACC pendant près de deux ans ? « Il est inconcevable que, dans ce cas, aucune mesure n'ait été prise pour formaliser une réclamation ou informer Lehrmann », écrivent ses avocats dans les documents judiciaires.

La NACC a refusé de s'engager devant le tribunal à ne pas diffuser davantage le contenu du carnet, selon les documents consultés. Lors d'une audience mercredi, l'avocate de Lehrmann, Zali Burrows, a révélé que son client n'avait pas été informé lorsque le carnet avait été transmis à d'autres services ministériels. Elle a demandé la liste exhaustive des personnes et institutions ayant eu accès à son contenu, évoquant un possible « détournement de procédure » dans la collecte des carnets.

L'avocat de la NACC, Bora Kaplan SC, a rétorqué que le gouvernement n'était pas tenu de fournir à Lehrmann des copies de son journal si celui-ci contenait des informations classifiées. « Certaines informations dans le carnet bleu ont été marquées comme telles », a-t-il déclaré, ajoutant que Lehrmann n'avait pas justifié d'un « objectif légitime » pour récupérer ses propres carnets. La NACC dispose d'une semaine pour décider de demander à la justice de retenir le contenu du carnet au nom de la sécurité nationale, ou de renoncer à certaines parties.

Si les informations étaient si sensibles, pourquoi la NACC n'a-t-elle rien fait pendant deux ans ?

Le carnet bleu n'est qu'un élément d'une affaire bien plus large. Les allégations concernant les contrats de sous-marins français étaient déjà au cœur du procès pour viol intenté contre Lehrmann en 2022. Ce dernier avait alors affirmé devant la Cour suprême du Territoire de la capitale australienne (ACT) qu'il n'avait pas violé sa collègue Brittany Higgins dans le bureau de Reynolds au Parlement en mars 2019. Les deux parties s'accordent sur le fait qu'ils sont retournés ensemble au Parlement House dans la nuit, mais leurs versions divergent ensuite radicalement : Higgins accuse Lehrmann de viol, tandis que ce dernier affirme avoir rédigé des notes sur les briefings de la Question Time concernant les sous-marins avant de rentrer chez lui.

Le carnet intime face aux accusations de détournement

Le procès pénal avait finalement été abandonné en raison d'une faute de procédure commise par un juré. Les contrats de sous-marins sont réapparus lors du procès en diffamation intenté par Lehrmann contre Network Ten et Lisa Wilkinson en 2023, où il avait à nouveau évoqué son travail sur les briefings plutôt que l'agression. Pourtant, le juge Michael Lee avait conclu, « au vu des probabilités », que Lehrmann avait bien violé Higgins, balayant l'argument des sous-marins. « Le bon sens suggère qu'une seule pensée dominait l'esprit de M. Lehrmann alors qu'il approchait du Parlement : ce n'était rien à voir avec les contrats de sous-marins français », avait-il estimé.

Sources :
  • Daily Mail

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