Depuis sept ans, Gus Van Sant s’était éclipsé du grand écran, occupé par des séries télévisées ambitieuses comme Boss ou When We Rise. À 73 ans, le réalisateur emblématique de Drugstore Cowboy et My Own Private Idaho fait son retour avec La Corde au cou (Dead Man’s Wire), un film qui retrouve la verdeur et l’énergie de ses premiers longs-métrages. Entre thriller sociétal et western moderne, ce projet exhume un fait divers réel de 1977 pour dépeindre une Amérique intemporelle, cynique et impitoyable, où cupidité et superficialité riment avec impunité.

L’intrigue s’inspire d’un drame survenu en 1977 à Indianapolis, où Tony Kiritsis, un homme ruiné par un crédit hypothécaire, décide de se venger de la banque qui l’a spolié. Armé d’un fusil relié à un lacet passé autour du cou de sa victime, il séquestre le fils du directeur de la Meridian Mortgage Company, Richard Hall, dans son propre appartement. L’affaire, relayée en direct par les médias, devient un phénomène national, transformant Kiritsis en figure controversée tandis que la police tente désespérément de désamorcer la crise sans effusion de sang. Le casting, mené par Bill Skarsgård dans le rôle du justicier désespéré, Al Pacino en homme d’affaires sans scrupules et Matt Dillon en shérif dépassé, donne une dimension humaine et dramatique à ce récit haletant.

Un fait divers réel transformé en thriller haletant

La force du film réside dans sa capacité à mêler suspense et critique sociale, le tout porté par une réalisation virtuose. Gus Van Sant utilise des images pixélisées, des séquences d’archives et des interviews filmées pour ancrer son récit dans l’atmosphère des années 1970, saturée de soul music et de tensions sociétales. La caméra, tantôt saccadée, tantôt contemplative, épouse le rythme frénétique d’un fait divers qui a marqué l’histoire américaine. Le résultat est un film à la fois moderne et rétro, où chaque plan semble calculé pour tenir le spectateur en haleine, entre fascination et malaise.

Le trio d’acteurs principaux, complété par des seconds rôles savoureux, incarne à la perfection les contradictions d’une société en crise. Al Pacino, dans un rôle où il excelle, campe un magnat sans pitié prêt à sacrifier son propre fils pour sauver ses intérêts. Face à lui, Bill Skarsgård incarne ce Tony Kiritsis, figure tragique et pathétique, dont la folie apparente cache une profonde détresse. Entre tension extrême et moments de grâce, le film alterne scènes de négociation tendues et séquences de huis clos oppressantes, le tout servi par une bande-son envoûtante qui plonge le public dans l’époque.

Une Amérique des années 70 peinte avec virtuosité

Ce film marque aussi par son ancrage dans une actualité plus large. Gus Van Sant, connu pour son engagement artistique et son refus des conventions hollywoodiennes, signe ici une œuvre qui interroge la notion de justice et la responsabilité des élites face aux laissés-pour-compte. Dans une Amérique où les inégalités sociales et les dérives du capitalisme semblent plus que jamais d’actualité, La Corde au cou résonne comme un miroir tendu à une société toujours aussi cynique et divisée.

Sources :
  • Causeur

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