L’entreprise américaine Palantir, spécialisée dans l’analyse de données et la surveillance, a diffusé un document intitulé « Manifeste pour une nouvelle ère technopolitique ». Ce texte, présenté comme une feuille de route, dépasse le cadre habituel des déclarations d’intention pour esquisser une vision systémique du pouvoir. Julien Gobin, philosophe et spécialiste des enjeux technologiques, y voit une menace directe pour les fondements démocratiques.
Un manifeste qui dépasse le cadre technologique
Selon Gobin, le manifeste de Palantir ne se contente pas de promouvoir des outils de surveillance. Il propose une refonte des mécanismes de gouvernance où l’autorité technologique primerait sur les institutions traditionnelles. « Ce projet est post-démocratique dans son essence », affirme-t-il. Le philosophe souligne que le texte prône une fusion entre pouvoir politique et maîtrise des données, sans contre-pouvoirs visibles.
Le document, révélé par plusieurs médias spécialisés, insiste sur l’efficacité des algorithmes pour résoudre les crises politiques et sécuritaires. Palantir y défend une approche où les décisions seraient prises en temps réel, sans délibération publique. Une vision qui écarte délibérément les mécanismes de contrôle citoyen, selon Gobin.
La gouvernance algorithmique, une menace pour les institutions
Pour étayer ses propos, le philosophe cite des passages du manifeste où Palantir évoque une « gouvernance algorithmique » comme solution aux « lenteurs de la démocratie représentative ». Le texte mentionne explicitement l’utilisation de ses outils par des États pour « anticiper » les mouvements sociaux ou les crises économiques, sans préciser les garde-fous.
Les réactions à ce manifeste restent rares, mais Gobin met en garde contre une normalisation progressive de ces pratiques. « Si ce modèle s’impose, il ne restera plus grand-chose de l’équilibre des pouvoirs tel qu’on le connaît », explique-t-il. Il rappelle que Palantir collabore déjà avec plusieurs gouvernements occidentaux pour des projets de surveillance de masse.
Le philosophe insiste sur le risque de dépendance technologique des États. Selon lui, l’adoption de ces outils par les pouvoirs publics créerait une asymétrie d’information au profit de Palantir et de ses algorithmes, dont les biais ne seraient plus contestables. Une situation qu’il qualifie de « désinhibée », car affranchie de toute éthique collective.
Palantir et les États : une alliance déjà en marche
Les autorités françaises n’ont pas réagi à ce manifeste. Pourtant, le groupe américain a déjà des liens avec des institutions européennes, notamment dans le domaine de la défense et de la sécurité intérieure. Gobin souligne que l’absence de débat public sur ces enjeux laisse le champ libre à une expansion discrète mais rapide de ce modèle.
- Le JDD
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