Le 15 mars dernier, Me Olivier Pardo et Me Raphaële Bialkiewicz, avocats de la famille Halimi, ont transmis un communiqué historique : ils disposent désormais d'éléments inédits sur Kobili Traoré, l'homme jugé pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi en 2017. Leur requête, déposée auprès de la cour d'appel de Paris, vise à rouvrir l'instruction afin de permettre enfin un procès, sept ans après les faits. William Attal, frère de la victime, a réaffirmé sa détermination : « On fera tout pour que cet assassin soit jugé ».

Les nouveaux éléments avancés par les défenseurs de la famille sont accablants. Parmi eux figurent la consommation de crack antérieure au crime, des signes de préméditation, ainsi qu'un enregistrement audio réalisé au moment où Sarah Halimi était défenestrée par son voisin. Ce document, selon les avocats, démontre une « conscience politique et antisémite » chez Traoré, incompatible avec une abolition du discernement. Les experts psychiatriques avaient pourtant conclu, en 2021, à une « bouffée délirante » ayant entraîné une irresponsabilité pénale, scellant l'absence de procès malgré la nature antisémite des actes. « Ces éléments nouveaux mettent à bas l'irresponsabilité pénale », assurent les avocats.

Des éléments nouveaux qui ébranlent la décision de 2021

Kobili Traoré, écroué depuis février dans une autre affaire, avait agi sous les cris de « Allah Akbar » avant de jeter Sarah Halimi, 65 ans, du haut de son balcon. Son parcours judiciaire révèle une prise en charge psychiatrique continue : soins en Unité pour malades difficiles jusqu'en 2020, puis hospitalisation jusqu'en 2023, avant un nouveau séjour en UMD jusqu'en 2024. Dans le dossier récent où il est mis en cause pour violences aggravées, un psychiatre a attesté lors de sa garde à vue l'absence de « symptomatologie aiguë », ce que conteste fermement Me Thomas Bidnic, son défenseur. « Jamais, dans ce nouveau dossier, Kobili Traoré n'a fait valoir l'abolition de son discernement », a-t-il affirmé.

L'affaire Sarah Halimi avait provoqué une onde de choc dans l'opinion publique, certains y voyant un déni de justice. William Attal n'a pas mâché ses mots : « Si en France maintenant, on n'est pas capable de juger et de faire condamner un tueur qui a prémédité un assassinat aussi terrible, alors la France n'est plus la France ». Une déclaration qui résonne comme un appel à la fermeté de l'État de droit, dans un contexte où la lutte contre l'antisémitisme reste un enjeu sociétal majeur. « Cette affaire était pire que l'affaire Dreyfus », a-t-il ajouté, soulignant l'urgence d'une réponse judiciaire à la hauteur de la gravité des faits.

Un parcours judiciaire sous haute surveillance psychiatrique

L'affaire Sarah Halimi s'articule désormais autour de deux axes : d'une part, la requête des avocats pour rouvrir l'instruction, fondée sur des éléments nouveaux contestant l'irresponsabilité pénale de Kobili Traoré ; d'autre part, le nouveau dossier judiciaire dans lequel il est mis en cause pour des violences aggravées, où son discernement n'est pas évoqué. La Cour de cassation avait confirmé en 2021 l'absence de procès en raison d'une abolition du discernement, mais les éléments avancés par la famille, incluant une préméditation et des propos antisémites, remettent en cause cette décision. Cette situation interroge sur la capacité de la justice à concilier protection des libertés individuelles et exigence de vérité pour les victimes. Alors que la France s'interroge sur son modèle républicain face aux défis de l'intégration et de la radicalisation, cette affaire reste un symbole des tensions qui traversent la société.

Sources :
  • BFMTV

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