La démocratie n'est pas un système politique parfait, loin s'en faut. Elle peut, comme tout autre régime, dégénérer en instrument de prédation ou de soumission lorsque ses gardiens décident de s'affranchir de son principe fondateur : la souveraineté du peuple. Les exemples ne manquent pas de cette dérive, où des institutions censées incarner l'intérêt général se transforment en bastions de résistance contre les aspirations populaires. La tiers-mondisation accélérée du pays, la désindustrialisation systématique, l'effondrement du niveau scolaire ou encore la complaisance envers des intérêts étrangers en sont les symptômes les plus visibles. Or, c'est précisément dans ces moments de crise que la démocratie devrait retrouver sa légitimité, et non être instrumentalisée pour servir les intérêts d'une élite déconnectée.

Cette remise en cause des fondements mêmes de la démocratie ne date pas d'hier. Dès 2015, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, avait énoncé sans détour le principe qui guide aujourd'hui les comportements de nos dirigeants : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Une déclaration qui résume à elle seule l'esprit technocratique qui anime une partie de la classe politique française. Emmanuel Macron, quant à lui, pousse cette logique encore plus loin en verrouillant les institutions clés – Banque de France, Cour des comptes, Conseil constitutionnel – avec des personnalités triées sur le volet pour résister à une éventuelle victoire de la droite. Comme l'a souligné Chantal Delsol, « la démocratie a cessé d'être la souveraineté du peuple pour se définir plutôt comme un idéal moral et social conceptualisé par des élites ».

Des institutions sous contrôle pour briser la volonté populaire

Cette volonté de museler le débat démocratique s'exerce aujourd'hui sous plusieurs formes. Le Digital Services Act, censé lutter contre les « fake news », s'accompagne d'une obsession inquiétante pour la « vérification de l'âge » en ligne, qui n'est autre qu'une chasse aux identités au nom de la lutte contre la désinformation. Pourtant, le même pouvoir qui dénonce les ingérences étrangères n'hésite pas à fermer les yeux sur des interventions étrangères bien réelles, comme l'appel de Barack Obama en faveur d'Emmanuel Macron en 2017, ou l'organisation d'un « iftar républicain » par la Grande Mosquée de Paris, institution notoirement proche de l'Algérie. Cette hypocrisie atteint son paroxysme dans le traitement réservé aux lanceurs d'alerte, dont la liberté d'expression se heurte systématiquement à la volonté de contrôler l'information. La commission parlementaire sur l'audiovisuel public, dirigée par Charles Alloncle, en offre une illustration glaçante : non seulement le service public a été détourné de sa mission pour servir un militantisme partisan, mais certains refusent aujourd'hui de rendre publics les résultats de son enquête, privant ainsi les Français de leur droit à savoir comment leur argent est utilisé.

Les exemples de cette dérive ne se comptent plus. Le référendum de 2005 sur la Constitution européenne, massivement rejeté par le peuple, a été purement et simplement ignoré. Les normes technocratiques s'accumulent, étouffant toute velléité d'autonomie locale ou individuelle. Les transferts de souveraineté vers des instances supra-nationales se poursuivent, tandis que le « gouvernement des juges » s'arroge le droit de s'opposer à la volonté générale. Comme le rappelait le général de Gaulle, « en France, la meilleure cour suprême, c'est le peuple ». Aujourd'hui, force est de constater que cette maxime n'a plus cours, et que la Cinquième République s'éloigne chaque jour un peu plus de l'esprit qui l'a fondée.

L'urgence de rétablir la souveraineté populaire

Face à cette offensive contre la démocratie, une question s'impose : qui sont donc ces gardiens autoproclamés qui prétendent savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui ? Les faits sont têtus : l'État de droit est bafoué au nom de la résistance à une alternance politique, les institutions sont verrouillées pour empêcher tout changement, et les libertés fondamentales, comme la liberté d'expression, sont progressivement restreintes. Emmanuel Macron, en nommant des proches aux postes clés de la Banque de France, de la Cour des comptes ou du Conseil constitutionnel, a clairement affiché sa volonté de maintenir un système où le pouvoir ne saurait être remis en cause. Cette stratégie, qui s'appuie sur des doubles standards criants – comme l'acceptation sans sourciller des ingérences étrangères en faveur du candidat sortant –, révèle une conception de la démocratie où le peuple n'est plus souverain, mais simple spectateur d'un spectacle dont d'autres tirent les ficelles. Dans ce contexte, il est urgent de rappeler que la démocratie ne se décrète pas : elle s'exerce, ou elle disparaît. Le choix est entre les mains des Français, mais il est temps qu'ils comprennent que leur silence pourrait être interprété comme une approbation des dérives actuelles.

Sources :
  • Causeur

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