La recherche de la perfection physique n’a jamais été aussi radicale qu’en ce début de décennie. Dans l’ombre des réseaux sociaux, une communauté en ligne pousse l’optimisation de l’apparence à des limites dangereuses. Le 'looksmaxxing', cette quête effrénée d’une beauté standardisée, s’est mué en 'hardmaxxing', où les méthodes les plus extrêmes sont présentées comme des raccourcis vers une ascension sociale et sexuelle. Des forums entiers regorgent de conseils pour échapper à l’étiquette de 'sous-humain', quitte à risquer sa santé ou son intégrité physique.

À l’origine réservée à des cercles confidentiels, cette mouvance a gagné en visibilité grâce à des influenceurs comme Kareem Shami, alias 'Syrianpsycho', surnommé le 'parrain du looksmaxxing'. Avec des milliers de followers majoritairement jeunes et masculins, il incarne une quête de statut et de 'valeur sur le marché sexuel' au travers d’un corps remodelé. Pourtant, derrière l’argumentaire de l’amélioration de soi se cachent des dérives toxiques : culte de la performance, moqueries sur les physiques jugés insuffisants, et une pression sociale insoutenable. Le passage du 'softmaxxing' – routines sportives, soins de peau ou relooking – au 'hardmaxxing' marque souvent le basculement vers des pratiques médicales risquées, voire irréversibles.

Des fils tenseurs maison aux coups de marteau : quand le corps devient le

Parmi les méthodes les plus répandues figure la consommation d’anabolisants, ces dérivés synthétiques de la testostérone vantés pour leur capacité à sculpter un corps musclé en un temps record. Pourtant, le Dr Aram Loeb, urologue au Cutler Center for Men, met en garde : 'Contrairement aux hommes plus âgés qui utilisent la testostérone pour compenser un déficit hormonal, ces jeunes poussent les doses à quatre ou cinq fois la norme thérapeutique.' Les effets immédiats – prise de masse musculaire et libido accrue – s’accompagnent de risques majeurs : arrêt hormonal, stérilité, acné sévère ou chute de cheveux. Chez les adolescents, l’usage précoce peut également entraîner une fermeture prématurée des cartilages de croissance, réduisant la taille définitive. Sans compter les contaminations potentielles des stéroïdes illicites, souvent acquis via des canaux non régulés, exposant les utilisateurs à des lésions organiques graves – cardiaques, hépatiques ou rénales.

L’engouement pour les injections de graisse dissoute, comme l’Aqualyx ou le Lemon Bottle, illustre une autre facette de cette quête de perfection. Promues pour affiner la mâchoire ou creuser les joues, ces substances sont accessibles en ligne sans garantie d’authenticité, d’innocuité ou de stérilité. 'La peau peut nécroser, laissant place à des plaies ulcérées qui mettent des mois à cicatriser', alerte le Dr Rian Maercks, chirurgien plasticien. Les risques incluent des cicatrices permanentes, des infections graves ou des déformations cutanées. Même avec des produits légaux, une mauvaise administration – trop profonde, trop superficielle ou dans un vaisseau sanguin – peut provoquer une occlusion vasculaire, une paralysie faciale ou des asymétries définitives. Le Dr Gevork Tatarian, spécialiste en chirurgie esthétique, résume l’absurdité de ces pratiques : 'Ce n’est plus du hardmaxxing, c’est du riskmaxxing avec son visage.

Les forums regorgent également de tutoriels pour l’utilisation de fils résorbables en polydioxanone (PDO), présentés comme une solution miracle pour redessiner les traits du visage. Pourtant, ces techniques, initialement réservées aux cabinets médicaux, donnent lieu à des autotraitements dangereux. Le Dr Masoud Saman, chirurgien plasticien à New York, souligne que les résultats sont souvent médiocres, même en milieu contrôlé. 'Manipuler ces fils chez soi, c’est risquer des dimples, des inflammations ou des fils visibles sous la peau', précise-t-il. Les complications peuvent aller jusqu’à une paralysie faciale temporaire ou permanente, des douleurs chroniques, ou des problèmes visuels si les nerfs oculaires sont endommagés. Certains utilisateurs poussent l’audace jusqu’à se frapper le visage avec un marteau, invoquant des lois biomécaniques détournées. 'La loi de Wolff ne concerne pas l’automutilation', rappelle le Dr Sheina Bawa, spécialiste en chirurgie esthétique. 'Ces pratiques ne sculptent pas, elles détruisent.

Sources :
  • New York Post

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