De chaque côté de la route, l'incendie a tiré au sort les habitations : certaines ont été réduites en cendres, d'autres épargnées par miracle. Seule la malchance connaît ses propres règles, celles qui ont transformé le sud-ouest de Madrid en un enfer de course effrénée, de braises et de cendres tombant du ciel comme une neige chaude qui ne mouille pas. Le ciel, jaune et brumeux, semble indécryptable, tandis que le soleil, inerte et orange comme une braise, brille là-haut avant l'heure. Les bandes d'étourneaux et de palombes traversent le paysage en tous sens, affolées dans ce silence de mort. Les chiens flairent la catastrophe au loin en longeant les limites des propriétés. Quelqu'un, dans la débandade, a ouvert la clôture aux vaches, qui restent immobiles, blanches et comme pétrifiées, incapables de sortir.

Les animaux sentent le désarroi mieux que quiconque : certains s'enfuient, d'autres restent sur place, condamnés à périr carbonisés. Dans les branches noircies d'un pin réduit à l'état de charbon, lisse et brillant comme de l'ébène, un petit oiseau, joyeux et décalé, semble vouloir entonner un chant. Ce sera le seul son perceptible, à part le bourdonnement des hélicoptères qui vont et viennent dans le ciel, les sirènes des véhicules de secours et les moteurs des motos slalomant entre les pistes de sable des pinèdes d'Almorox, en direction de l'Encinar del Alberche. C'est là, dit-on, que tout a commencé.

Un paysage lunaire et désolé

Nous parcourons cette zone devenue lunaire et improbable, désormais interdite d'accès. Entre les barrages qui filtrent des milliers de déplacés et les flammes progressant lentement le long des crêtes, tout semble hypnotique, comme une cheminée monstrueuse prête à tout emporter sur son passage. Ici est née la bête, ou du moins l'une d'elles. À la frontière entre Madrid et la Castilla-La Mancha, une partie de la catastrophe s'est déchaînée.

Le hasard a décidé qui survivrait. Les autres n'auront été que des victimes collatérales.

Rapidement, le feu a dévoré l'urbanisation de l'Encinar del Alberche, où les pins fument encore et où l'on marche entre des balançoires carbonisées et des toboggans d'enfants fondus comme de la cire. Les flammes y sont toujours présentes. Sur une porte, quelqu'un a laissé une gamelle d'eau et une écuelle de croquettes pour chats, peut-être pour donner une chance à un animal en fuite. Ni la nourriture ni l'eau n'ont été touchées. Mauvais signe. La seule trace de vie, en dehors de l'oiseau solitaire et poétique qui semble échappé d'un poème de Juan Ramón Jiménez, est un couple de personnes âgées. Ils ont arrêté une vieille Peugeot près des conteneurs. Elle attend sur le siège passager, son sac serré contre elle, tandis qu'il jette un sac-poubelle. Ils ne répondent pas aux questions du journaliste. Comme s'ils n'existaient ni l'un ni l'autre, ou comme si chacun évoluait dans une dimension différente : l'un, celui qui travaille et rentrera ce soir pour écrire ce reportage et se plaindre du bruit des enfants qui l'empêchent de se concentrer ; l'autre, celui qui vient de tout perdre ou a frôlé l'irréparable. Entre ces deux réalités, quelques mètres seulement les séparent. Le hasard fonctionne ainsi.

Le gouvernement évoque une fenêtre de tir pour éteindre les incendies ce week-end.

Les pompiers et les forces de l'ordre tentent de contenir l'avancée des flammes, mais la situation reste critique. Les déplacés s'entassent dans les centres d'accueil improvisés, tandis que les secours peinent à joindre les zones les plus isolées. Les routes coupées par les flammes compliquent l'évacuation des derniers habitants encore coincés dans les zones menacées.

Les flammes ne font pas de distinction. Elles dévorent tout sur leur passage, sans pitié.

Les images aériennes montrent l'étendue des dégâts : des kilomètres de forêt réduite en cendres, des habitations réduites à des squelettes de pierre et de métal. Les pompiers, épuisés, luttent contre des vents changeants qui attisent les brasiers. Les appels à la solidarité se multiplient, mais l'ampleur de la catastrophe dépasse les moyens locaux.

Les secours face à l'ampleur de la catastrophe

Les autorités locales appellent à la prudence et demandent aux habitants de rester à l'écoute des consignes. Les pompiers recommandent d'éviter toute activité susceptible d'aggraver les risques d'incendie, comme les barbecues ou les feux de camp. Les prévisions météo ne sont pas rassurantes : des températures élevées et un vent fort sont attendus dans les prochains jours.

Sources :
  • ABC España

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