Le 4 juin 1629, le Batavia sombre sur des récifs inconnus au large de l'Australie. Ce navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, fleuron de sa flotte, transportait passagers et marchandises vers les comptoirs d'Asie. Le choc contre les récifs, survenu au petit matin, brise la coque et plonge l'équipage dans la panique. Les tentatives de sauvetage s'organisent dans l'urgence, mais l'espoir de survie s'éloigne rapidement avec la mer déchaînée.

L'abandon qui scella le destin

Le commandeur Francisco Pelsaert, principal responsable du navire, prend alors une décision controversée. Il quitte l'île de Beacon avec une poignée d'hommes à bord d'une embarcation de fortune, promettant de revenir avec des secours. Cette absence laisse derrière elle près de 300 naufragés, abandonnés sur une île déserte, sans eau potable ni abri. Le désert de sable et la chaleur étouffante deviennent leurs premiers ennemis.

Parmi les rescapés se trouve Jeronimus Cornelisz, un apothicaire au passé trouble. Ce dernier, connu pour ses idées hérétiques et son caractère violent, profite de l'absence de toute autorité pour imposer sa loi. En quelques jours, il transforme le groupe de survivants en une cour de terreur. Les vivres et l'eau sont rationnés de manière arbitraire, condamnant les plus faibles à une mort certaine.

Jeronimus Cornelisz, l'apothicaire sanguinaire

Cornelisz instaure un régime de terreur où la moindre contestation se paie au prix fort. Les exécutions sommaires se multiplient, souvent sous des prétextes fallacieux. Les corps des victimes sont jetés à la mer ou enterrés dans des fosses communes, effaçant toute trace des crimes. Les survivants, réduits à l'état de proie, n'ont d'autre choix que de se soumettre ou de tenter une fuite désespérée.

« La mer a pris le navire, mais c'est la terre qui a bu le sang. »

Pendant ce temps, le commandeur Pelsaert navigue vers Batavia, actuelle Jakarta, pour organiser une expédition de secours. Le voyage, long et périlleux, lui prend près d'un mois. À son retour, le 17 septembre 1629, il découvre un cauchemar : des dizaines de cadavres jonchent le sable, et une poignée de survivants, hagards, lui relatent l'horreur vécue. L'apothicaire Cornelisz, lui, a été exécuté par ses propres complices, conscients de l'irréparable.

L'enquête qui suit révèle l'ampleur des exactions. Cornelisz et ses acolytes ont assassiné au moins 110 personnes, réduisant de moitié le groupe initial. Les survivants, traumatisés, témoignent sous serment de la folie meurtrière qui s'est emparée d'eux. Certains, poussés par la faim, en sont venus à des actes de cannibalisme pour échapper à la mort.

Un massacre organisé en plein désert, loin de toute justice.

Le procès qui s'ensuit aboutit à plusieurs condamnations à mort. Les complices de Cornelisz, ainsi que les survivants ayant participé aux meurtres, sont exécutés par pendaison ou noyade. Seuls quelques-uns, dont le charpentier Wiebbe Hayes, qui avait résisté à Cornelisz en établissant une position fortifiée sur une île voisine, échappent à la sentence. Leur courage leur vaut une relative clémence.

Le retour des bourreaux

Cette tragédie reste l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire maritime. Elle illustre la fragilité des structures sociales face à l'isolement et au désespoir. Le Batavia, symbole de la puissance commerciale néerlandaise, est aujourd'hui un site archéologique majeur, étudié pour son rôle dans la compréhension des naufrages et des dynamiques de survie extrême.

Sources :
  • Le JDD

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