Des drapeaux, des croix et des bannières s’étiraient sur plusieurs kilomètres sous un soleil de plomb ce week-end de Pentecôte. Vingt mille catholiques, âgés en moyenne de 22 ans, se sont élancés en pèlerinage depuis Paris jusqu’à la cathédrale de Chartres. « J’ai continué à marcher malgré les ampoules, confie Marie-Alix, 18 ans, qui a mis temporairement de côté ses révisions du baccalauréat pour participer. On ressort tous complètement transformés de cette expérience.
Floria Alamouti, cheffe du chapitre Saint-Wendelin pour la région Est, souligne l’entraide et la charité qui irriguent la colonne de marcheurs. « Cette époque ne propose plus grand-chose pour espérer. Beaucoup cherchent des racines et des repères. Se retrouver à vingt mille à prier et chanter ensemble permet d’ancrer une jeunesse souvent déracinée », explique-t-elle. Le pèlerinage reste une épreuve exigeante : dans son chapitre, sur soixante-quinze participants, seulement vingt-cinq ont réussi à parcourir les cent kilomètres en entier.
Une jeunesse en quête de repères spirituels
Henri d’Anselme, connu pour avoir empêché un drame à Annecy en juin 2023 lors d’une attaque au couteau, évoque l’ascèse imposée par l’expérience. « Dormir quatre heures par nuit sous une tente devient une forme d’ascèse. » Pour la chercheuse Maria-Katrina Cortez, cette dimension attire une partie de la jeunesse : dans une société dominée par le confort et l’immédiateté, l’effort, la discipline et le dépassement de soi retrouvent une valeur spirituelle forte.
Perrine, 23 ans, bénévole à la gestion des sacs, décrit l’organisation logistique derrière l’événement. « Les marcheurs ne portent pas l’intégralité de leurs affaires pour trois jours eux-mêmes. » Vers cinq heures du matin, les vingt mille sacs sont chargés à bout de bras dans d’immenses camions par région, puis redistribués dans les bivouacs. « Depuis la voiture, on voyait au loin cette immense ligne humaine avancer entre les champs. C’était saisissant.
Le pèlerinage Paris-Chartres attire majoritairement une jeunesse issue de milieux catholiques pratiquants et souvent insérée dans les réseaux traditionnels, précise Maria-Katrina Cortez. On y retrouve des étudiants issus des grandes écoles, au point qu’il existe des chapitres spécifiques comme ceux de Sciences Po ou de l’École normale supérieure. Les réseaux scouts et les familles catholiques pratiquantes y sont également très présents. Mais pas uniquement : « On accueille des personnes qu’on n’aurait jamais imaginé voir ici : des non-pratiquants, des personnes éloignées de l’Église, venues chercher du sens ou une forme de réparation intérieure », explique Manuel Aizpuru, responsable du chapitre Sainte-Louise-de-Marillac.
Les pèlerins viennent pour 30 % d’Île-de-France, 56 % des autres régions françaises et 14 % de l’étranger. Au cœur du pèlerinage, le rite tridentin – célébré en latin, le prêtre tourné vers l’autel – attire une nouvelle génération de catholiques. « La liturgie traditionnelle nous recentre grâce à ses gestes lents. Elle permet de prendre du recul dans un monde qui va à toute vitesse », témoigne Marie-Alix.
Manuel Aizpuru insiste sur le caractère universel de ce rite : « Qu’on soit à Hong Kong, New York ou Dijon, c’est la même messe partout. » Gersende, 25 ans, confirme : « Pour la célébration du matin, nous étions aux côtés d’Autrichiens et nous suivions exactement la même liturgie, avec les mêmes paroles. » Certains participants estiment que la société contemporaine tend à effacer le sens du sacré. D’autres y voient une réponse à un besoin spirituel plus large, visible aussi dans l’essor de certaines pratiques.
Le rite tridentin, un ancrage face à la modernité
L’esthétique joue un rôle important dans l’attrait de la messe traditionnelle : chant grégorien, art sacré, solennité des gestes. « Dans la tradition, l’esthétique occupe une place essentielle : la beauté est perçue comme un chemin vers Dieu et un soutien à la prière », résume Henri d’Anselme. À l’arrivée à Chartres, les chants se prolongent jusque dans les trains et à la gare Montparnasse. Pour beaucoup, l’expérience ne s’arrête pas là.
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