Patrick Bruel, 67 ans, a quitté les locaux judiciaires de Nanterre ce mercredi 10 juin sous le poids de quatre mises en examen pour viol et agressions sexuelles. Les chefs d’accusation retenus par les juges d’instruction s’étendent sur près de vingt ans : un viol présumé à Neuilly-sur-Seine en 2008, une tentative de viol à Bruxelles en 2010, une agression sexuelle et un harcèlement à Perpignan en 2019, ainsi qu’un harcèlement en Corse la même année. Son avocat, Me Fanny Colin, assure qu’il « répondra de nouveaux à toutes les questions » si de nouvelles plaintes sont déposées, évoquant même une confrontation possible avec Flavie Flament, l’une des plaignantes les plus médiatisées.

Libéré sous contrôle judiciaire, Patrick Bruel n’est pas interdit de scène. Il peut donner ses 34 concerts prévus, dont celui de Chartres le 2 octobre prochain. Une décision qui suscite l’incompréhension de certaines militantes féministes. L’une d’elles, interrogée par BFMTV, a estimé qu’une personne accusée par « au moins 30 femmes » ne pouvait être considérée comme sans danger, ni pour les spectateurs, ni pour les victimes potentielles. « Il doit annuler ses concerts », a-t-elle martelé, évoquant même la possibilité de perturber les représentations en achetant des places pour agir « de l’intérieur ».

Un contrôle judiciaire aux limites floues

Les obligations du contrôle judiciaire imposent pourtant des limites strictes à l’artiste. Interdiction de quitter le territoire, de contacter les plaignantes ou leurs familles, de se rendre dans un salon de massage, et obligation de soins psychologiques assortie d’un cautionnement de 500 000 euros. Pourtant, ces contraintes n’ont pas suffi à calmer les critiques. Me Corinne Herrmann, avocate de plusieurs victimes, a réagi avec scepticisme : « Je comprends très mal qu’on ne protège pas des possibles victimes ».

« Une personne accusée par au moins 30 femmes est dangereuse. » — Militante féministe à BFMTV

Les faits reprochés à Patrick Bruel s’échelonnent entre 2000 et 2019. Outre les quatre mises en examen, quatre autres dossiers ont abouti à un statut de témoin assisté, moins lourd juridiquement. Parmi eux, un viol présumé à Dinard en 2012, un autre à L’Isle-sur-la-Sorgue en 2015, ainsi qu’une tentative de viol à Neuilly-sur-Seine entre 2010 et 2011. Un dernier dossier, concernant un viol à Grenoble en 2000, a été classé sans suite pour prescription. Les avocates des plaignantes ont annoncé le dépôt de nouvelles plaintes pour viols non prescrits, promettant « des mois de travail » pour analyser le « flot » de nouveaux témoignages recueillis par Mediapart.

La réaction des habitants de L’Isle-sur-la-Sorgue, où Patrick Bruel a été placé sous le statut de témoin assisté pour un viol présumé en 2015, illustre la division du pays. Certains soulignent les retombées économiques de l’hôtel de luxe qu’il a ouvert dans la commune, tandis que d’autres rappellent que « ce n’est pas parce qu’il a créé des emplois qu’on doit l’innocenter ». Une jeune femme interrogée par BFMTV a insisté sur l’importance de « permettre aux femmes de parler », même face à une star.

Du côté des professionnels de la musique, l’omerta persiste. Seuls Zazie et Christophe Willem, anciens membres des Enfoirés, ont osé évoquer publiquement l’affaire. Un manager d’artistes a dénoncé une « industrie qui profite de la précarité et de la jeunesse », estimant que beaucoup craignent pour leur « business » plutôt que de soutenir les victimes. « On ne leur demande pas d’accuser Bruel, mais d’entendre les victimes et de les croire », a-t-il souligné.

« Il doit annuler ses concerts. » — Appel des militantes pour protéger les victimes potentielles

Me Iris Biehler, avocate d’une masseuse ayant déposé plainte en 2019 pour agression sexuelle et harcèlement, a salué la mise en examen comme « un pas immense » pour la justice. Elle a confirmé que de nouvelles plaintes pour viol, non prescrites, seraient prochainement déposées. « Des mois de travail » attendent les enquêteurs de Mediapart, selon la journaliste Marine Turchi, qui n’a « jamais » reçu autant de témoignages en dix ans d’enquêtes sur les violences sexuelles.

Les plaignantes face à l'industrie du spectacle

Patrick Bruel conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Son avocat insiste sur le fait qu’il « n’aura aucune difficulté à être confronté » aux plaignantes, affirmant qu’il est « soulagé d’avoir enfin pu être entendu ». Pourtant, la présomption d’innocence, pilier de la justice française, semble s’effriter face à l’ampleur des accusations. Entre soutien économique et indignation morale, le pays reste suspendu au verdict final.

Sources :
  • BFMTV

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