Portée par un féminisme punitif souvent plus soucieux d’affichage médiatique que d’efficacité, cette législation de 2016 a surtout servi à satisfaire une certaine morale politique. Ses promoteurs célèbrent avec emphase les 11 000 clients verbalisés en dix ans, dont près de 60 % à Paris, mais ces chiffres révèlent surtout l’ampleur de l’échec d’une politique qui se voulait ambitieuse. À peine 2 000 parcours de sortie de la prostitution ont été engagés, un bilan dérisoire face à l’augmentation du phénomène et à sa complexité croissante avec l’essor d’Internet, qui permet à des milliers de travailleurs du sexe de contourner les contrôles policiers.

L’argument abolitionniste, régulièrement brandi pour justifier cette loi, se heurte à une réalité implacable : l’exploitation et la traite des personnes, notamment des mineures, n’ont fait que s’intensifier. Les réseaux de proxénétisme, souvent organisés par de jeunes dealers issus des quartiers sensibles, prospèrent dans l’ombre, tandis que les victimes, plus isolées et vulnérables, peinent à trouver une issue. La lutte contre ces fléaux exige des moyens policiers et judiciaires ciblés, bien loin de la symbolique d’une loi qui criminalise l’acte de consommer plutôt que ses véritables responsables.

Une loi qui criminalise l'offre plutôt que la demande

Pour celles et ceux qui choisissent librement cette activité par nécessité économique ou par préférence personnelle, cette législation apparaît avant tout comme une atteinte à leurs libertés fondamentales. Juger que la prostitution est nécessairement une forme d’exploitation, c’est nier la diversité des parcours individuels et imposer un puritanisme déguisé en progrès social. Le corps humain, lorsqu’il est considéré comme un objet de transaction, ne devient pas pour autant un territoire interdit : il reste un espace de choix, même lorsque ces choix sont contraints par les circonstances.

Entre puritanisme et réalité sociale

L’histoire regorge d’exemples où la prostitution a répondu à des besoins sociaux concrets, du mariage bourgeois décrit par Balzac aux courtisanes qui dominaient leurs clients, comme en témoignent les écrits de Grisélidis Réal. La condamnation systématique de cette pratique révèle moins une volonté de protéger les travailleurs du sexe qu’un rejet puritain de toute sexualité non encadrée par les normes établies. Pourtant, la liberté de disposer de son corps – y compris dans sa dimension transactionnelle – devrait figurer au cœur des débats sur l’émancipation individuelle, plutôt que d’être réduite à une question de morale publique.

Sources :
  • Causeur

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