Le 22 novembre 2024 restera comme une date charnière dans l’histoire de la conquête spatiale. À bord du vaisseau Orion, les astronautes Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen – ce dernier étant le premier Canadien à s’envoler vers la Lune – ont réalisé un vol habité de dix jours en orbite lunaire. Leur mission, baptisée Artemis II, consistait à tester les systèmes de navigation, de propulsion et de survie du vaisseau, prélude au retour définitif de l’homme sur la surface sélénite prévu avec Artemis III. Ce périple, à 400 000 kilomètres de la Terre, marque aussi l’entrée de l’Europe dans l’ère lunaire, avec l’Agence spatiale européenne (ESA) contribuant à hauteur de 30 % au financement du programme.

Pour la première fois depuis 1972, des humains ont frôlé à nouveau notre satellite naturel. Les images transmises par Orion ont révélé des paysages lunaires d’une précision inédite, tandis que les capteurs embarqués ont mesuré en temps réel l’exposition aux radiations cosmiques – un défi majeur pour les futures missions de longue durée. Les données recueillies permettront d’affiner les protocoles de sécurité pour les équipages, notamment lors de la traversée des ceintures de Van Allen, zones où les radiations sont particulièrement intenses. Ces enseignements seront déterminants pour préparer l’envoi de la première femme et du prochain homme sur la Lune d’ici 2026.

L’Europe s’affirme comme un acteur clé de la reconquête lunaire

La mission Artemis II s’inscrit dans une logique de souveraineté spatiale européenne, alors que l’Union se positionne en rivalité technologique avec les États-Unis, la Chine et l’Inde. L’ESA, qui fournit le module de service européen (ESM), a vu son rôle renforcé après le retrait partiel de la Russie du programme lunaire suite à la guerre en Ukraine. Ce partenariat transatlantique illustre une volonté commune de ne pas laisser le champ libre à Pékin, dont les ambitions lunaires, avec la base internationale ILRS prévue pour 2030, pourraient redéfinir les équilibres géopolitiques. La France, via le CNES, participe activement à cette dynamique, avec des investissements croissants dans les lanceurs lourds et les technologies de recyclage des matériaux.

Vers une économie spatiale : enjeux et rivalités

Le succès d’Artemis II ouvre la voie à une nouvelle ère d’exploration, mais soulève aussi des questions sur l’avenir de la coopération internationale. Si les États-Unis et l’Europe affichent leur unité, les tensions persistent avec Moscou, dont les programmes spatiaux dépendent désormais de partenariats limités avec l’Inde ou la Corée du Nord. Par ailleurs, le retour sur la Lune s’accompagne d’un enjeu économique : l’exploitation des ressources lunaires, notamment l’hélium-3 ou l’eau glacée, pourrait devenir un levier stratégique dans les décennies à venir. Les acteurs privés, comme SpaceX ou Blue Origin, y voient déjà une opportunité commerciale majeure, tandis que les agences publiques cherchent à encadrer ces activités pour éviter une course effrénée aux ressources.

Sources :
  • Le JDD

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO