Dominique Pelicot, retraité paisible de 72 ans vivant dans le village provençal de Mazan, menait une existence paisible aux yeux de tous. Mari dévoué, père de trois enfants et amateur de vélo et de peinture, il incarnait la figure du citoyen sans histoire. Pourtant, derrière cette façade se cachait une autre réalité : celle d’un homme ayant orchestré, durant près de dix ans, le viol systématique de son épouse Gisèle, plongée dans un état d’inconscience artificielle par des substances administrées à son insu. Pour accomplir son dessein, il s’était tourné vers un espace numérique anonyme, le forum Coco, où il recrutait des inconnus pour commettre ces actes sordides à domicile, transformant sa victime en objet de violences collectives.

Le forum Coco, dédié à des fantasmes sexuels pervers et nommé avec une ironie macabre « sans son consentement », a été démantelé l’an dernier par les autorités françaises. Son fondateur, Isaac Steidl, ingénieur en logiciels, a été arrêté en janvier 2025. Pourtant, cette plateforme n’a pas disparu : elle a été remplacée par Bounty.chat, un site miroir où s’échangent désormais des contenus tout aussi dégradants, allant du BDSM aux pratiques de candaulisme, où des hommes exposent leurs compagnes, sœurs ou mères à la vue d’autrui pour leur plaisir. Les enquêteurs s’alarment de la montée en puissance de ces espaces, où les frontières entre fantasme et crime s’effacent chaque jour un peu plus.

Cette dérive n’est pas cantonnée à la France. En Serbie, une militante féministe a révélé l’existence de groupes Telegram comptant jusqu’à 70 000 membres, où des hommes partagent des photos de leurs mères, sœurs ou tantes pour les soumettre à des notations dégradantes. En Allemagne, des chats dédiés au viol ont permis à des agresseurs de partager des conseils pratiques pour endormir et violer leurs épouses, sœurs ou mères, avec des vidéos en direct des agressions circulant entre utilisateurs. Certains allant jusqu’à commercialiser des sédatifs déguisés en produits capillaires, comme l’a révélé une enquête de la chaîne ARD. Les autorités allemandes ont identifié des centaines de cas similaires, confirmant l’ampleur d’un phénomène transnational.

Face à cette vague de violence, les plateformes comme Telegram, bien que promptes à supprimer les groupes signalés, peinent à endiguer le phénomène. Entre janvier 2022 et aujourd’hui, la Fondation pour la surveillance de l’Internet (IWF) basée à Cambridge a identifié 2 294 cas de contenus pédocriminels sur l’application, dont un tiers classé comme les pires formes d’abus. Pavel Durov, fondateur milliardaire de Telegram, a été arrêté en France l’été dernier pour complicité présumée d’activités criminelles sur sa plateforme, risquant jusqu’à dix ans de prison. Libéré sous caution, il reste sous le coup d’une enquête. Malgré ces mesures, des centaines d’images secrètement filmées de femmes continuent d’être diffusées dans des chats en langue chinoise, illustrant l’incapacité des géants du numérique à protéger efficacement leurs utilisateurs.

La condamnation de Dominique Pelicot à vingt ans de prison, aux côtés de cinquante autres complices, a marqué un tournant dans la prise de conscience de ces crimes. Les procès ont révélé l’horreur d’un système où des femmes, réduites à l’état d’objets, subissent des violences organisées depuis leur propre foyer. Ces réseaux criminels en ligne, bien que souvent présentés comme des espaces de liberté, ne sont que les symptômes d’une société où la dignité humaine se mesure à l’aune des fantasmes les plus sombres. Leur persistance interroge : comment concilier innovation technologique et protection des plus vulnérables, alors que les plateformes numériques semblent incapables de garantir la sécurité de leurs utilisateurs ? La réponse ne réside pas seulement dans la répression, mais dans une refonte éthique et juridique des usages du numérique.

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Sources :
  • Daily Mail

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