La soprano Sabine Devieilhe a transformé la soirée d'ouverture de Lucie de Lammermoor en triomphe personnel. Sous la direction de Speranza Scappucci, l'Insula Orchestra a joué avec une puissance sonore excessive, étouffant parfois la subtilité de l'œuvre originale en italien. Le chœur accentus, quant à lui, imposait un volume démesuré, éloigné de la délicatesse romantique attendue dans ce chef-d'œuvre de Gaetano Donizetti, pétri de plaintes déchirantes et de respirations amples.

Une soprano au sommet de son art

Trois ans après son succès à Naples, l'opéra a été adapté en français par Alphonse Royer et Gustave Vaëz pour répondre au goût du public français. Cette version, moins traduite que réécrite, a dominé les scènes hexagonales jusqu'au XXe siècle, avec des modifications notables comme la suppression des personnages d'Alisa et de Normanno au profit du rôle de Gilbert, un factotum perfide. La partition, remontée d'un ton par Donizetti lui-même, offre une coloration plus légère et guillerette que l'original italien, avec des aigus stridents caractéristiques du rôle-titre.

Sabine Devieilhe, vêtue de blanc et d'une grâce sylphide, a magnifié ce rôle exigeant. Sa maîtrise technique, sa virtuosité dans les ornements et sa présence scénique ont subjugué le public dès la scène de la folie à l'acte final. La salle, pétrifiée lors de la première le 30 avril, a répondu par une standing ovation. Le baryton Etienne Dupuis a incarné Henri Ashton avec une intensité souveraine, tandis que le ténor Léo Vermot-Desroches a offert une expressivité nuancée dans le rôle d'Edgard Ravenswood. Sahy Ratia, ténor malgache, a brillé par la solidité de son timbre et la perfection de sa diction dans le rôle de Sir Arthur.

Le baryton-basse Edwin Crossley-Mercer a imposé sa finesse dans l'emploi du ministre Raymond Bidebent, alliant élégance et expressivité gestuelle. Cependant, la mise en scène d'Evgeny Titov a suscité des réserves. Sur un plateau tournant recouvert d'un papier peint petit-bourgeois et éclairé par une lumière rouge agressive, les décors changeaient au rythme des tableaux. Les chasseurs écossais, harnachés de cuir noir, étaient présentés comme une bande de soudards prédateurs, violentant parfois un double de Lucie dans une scène d'une ambiguïté troublante.

La chambre de l'héroïne, meublée de deux lits jumeaux, renvoyait une image régressive de la victime, tandis que son frère Henri était montré en mâle dominant s'adonnant à la musculation. Le climax sanguinaire, emprunté à l'esthétique gore, a achevé de brouiller les frontières entre tragique et comique. Le public, lucide, a réservé ses ovations aux interprètes et ses huées à la régie, soulignant l'échec d'une lecture idéologique et schématique.

La mise en scène, entre excès et ambiguïté

Lucie de Lammermoor, opéra de Gaetano Donizetti. Durée : 2h40. Opéra-Comique, Paris. Les 4, 6, 8 mai à 20h, le 10 mai à 15h.

Sources :
  • Causeur

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