« La robe est devenue un uniforme et nous sommes devenues une armée. » Ces mots de June Osborne, prononcés dans la saison 6 de The Handmaid's Tale : La Servante écarlate, résument l’empreinte indélébile laissée par la série sur la culture contemporaine. Adaptée du roman de Margaret Atwood publié en 1985, l’œuvre suit le destin de June Osborne, interprétée par Elisabeth Moss, devenue Servante écarlate après la chute des États-Unis et l’instauration du régime de Gilead.
Dans cette dystopie glaçante, une théocratie protestante a privé les femmes de leurs droits fondamentaux, réduisant les fertiles en esclavage sexuel au service des Commanders. Les Servantes, reconnaissables à leurs robes rouges et coiffes blanches, subissent chaque mois une cérémonie de viol ritualisé. June, rebaptisée Defred, est assignée au Commander Fred Waterford et à son épouse Serena. Séparée de sa fille Hannah et ignorant le sort de son mari Luke, elle incarne la résistance au cœur d’un enfer organisé.
Une mythologie inspirée du réel
Sous la direction de Reed Morano, la série pose dès les premiers épisodes une atmosphère oppressante, mêlant plans floutés et gros plans tendus sur le visage de June. La caméra épouse son point de vue, notamment lors des scènes de viol, où le spectateur assiste à sa dissociation. Plus tard, en saison 4, June libère sa « female rage » sur une scène clipesque au ralenti, illustrant des années de violences patriarcales. La voix-off de June, seule échappée vers sa véritable personnalité, révèle une sororité indispensable à la survie des femmes dans ce système.
L’univers visuel de la série, conçu par Ane Crabtree, repose sur un système de classes féminines matérialisé par des costumes distincts : les Servantes écarlates, les Épouses en vert, les Marthas en marron. Margaret Atwood a toujours souligné que son inspiration puisait dans des faits historiques réels, rapprochant Gilead des dictatures de Pinochet ou du régime hitlérien. Les parallèles avec la condition des femmes iraniennes ou le sort des personnages LGBTQ+, qualifiés de « traîtres à leur genre » et condamnés à mort, renforcent l’ancrage politique de l’œuvre.
The Handmaid's Tale : La Servante écarlate accompagne les deux mandats de Donald Trump et l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade en 2022, qui protégeait constitutionnellement l’avortement aux États-Unis. La série dépeint avec une crudité sans fard les violences faites aux femmes, parfois accusée de verser dans le trauma porn. Pourtant, elle reste un symbole mondial de la condition féminine, mêlant résilience et résistance. Son héritage réside aussi dans cette phrase gravée dans un placard par une prédécesseure de June : « Nolite te bastardes carborundorum », « Ne laisse pas les salauds te broyer ».
La série a su développer une narration et une esthétique qui transcendent la fiction. Les costumes, les rituels et les hiérarchies de Gilead s’appuient sur des éléments concrets, comme les régimes autoritaires du XXe siècle ou les lois restrictives sur le corps des femmes. Les personnages LGBTQ+ y sont systématiquement persécutés, reflétant les persécutions réelles subies par les minorités sexuelles. Ce réalisme brutal a fait de The Handmaid's Tale une œuvre référence, bien au-delà du simple divertissement.
Elisabeth Moss, acclamée par un Emmy et un Golden Globe pour son interprétation de June, incarne à elle seule l’intensité de la série. Son jeu, à la fois subtil et puissant, oscille entre soumission apparente et rage contenue. Les scènes où June affronte Fred Waterford ou où elle retrouve sa fille Hannah après des années de séparation illustrent cette dualité. La réalisatrice Reed Morano a su capturer cette complexité à travers des plans serrés et une lumière souvent trompeusement douce, soulignant l’horreur du quotidien sous Gilead.
Elisabeth Moss, l’âme de la résistance
La Servante écarlate n’est pas qu’une dystopie. Elle est devenue un miroir tendu vers les sociétés contemporaines, où les droits des femmes restent menacés. La robe écarlate, symbole de révolte, a quitté l’écran pour s’imposer dans les manifestations féministes. Son arrivée sur Netflix le 6 mai offre à une nouvelle génération de spectateurs l’opportunité de découvrir une œuvre qui, plus de trente ans après sa création, résonne avec une actualité brûlante.
- Numerama
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