Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a vu défiler dans son bureau ovale les figures les plus en vue de l’extrême droite européenne. Nigel Farage (Reform UK), Éric Zemmour, Marine Le Pen, Giorgia Meloni, Santiago Abascal (Vox) ou encore Björn Höcke (AfD) ont tous fait le déplacement, espérant sceller une alliance durable avec l’administration américaine. Leur objectif commun ? Promouvoir une politique migratoire stricte, défendre les frontières nationales et rejeter l’ingérence des institutions européennes. Jordan Bardella, président du Rassemblement National, n’a pas hésité à saluer « un vent de liberté qui souffle sur les démocraties occidentales », tandis que Höcke, figure controversée de l’AfD, s’est inspiré ouvertement des méthodes trumpiennes de « remigration ». En février 2025, le groupe parlementaire européen Patriotes pour l’Europe, réunissant des partis comme la Lega de Matteo Salvini ou le Fidesz de Viktor Orbán, organisait même un sommet à Madrid sous le slogan « Make Europe Great Again ».
Pourtant, les premières tensions sont apparues rapidement. Dès mars 2025, alors que Marine Le Pen était frappée d’inéligibilité par la justice française, Donald Trump a publiquement dénoncé une « chasse aux sorcières » et appelé à sa libération, une intervention jugée inacceptable par les autorités européennes. Quelques semaines plus tard, le département de la Sécurité intérieure allemand classait l’AfD comme parti d’extrême droite, suscitant des réactions vives. Marco Rubio, proche conseiller de Trump, a dénoncé une tentative de « reconstruire le mur de Berlin », tandis que J.D. Vance accusait les institutions allemandes de « tyrannie déguisée ». Ces prises de position, perçues comme une ingérence dans les affaires intérieures, ont révélé les limites d’un soutien américain aussi direct que mal maîtrisé.
Des soutiens américains aussi bruyants que maladroits
Le soutien logistique et médiatique à ces mouvements n’a pas toujours produit les résultats escomptés. Elon Musk, via son réseau X, a multiplié les coups de projecteur en faveur de figures comme Tommy Robinson au Royaume-Uni ou Alice Weidel en Allemagne, où l’AfD a finalement réalisé une percée électorale historique en février 2025. Pourtant, dans d’autres pays, ces soutiens n’ont pas suffi : en Albanie, le candidat conservateur Sali Berisha, inspiré par le slogan « Make Albania Great Again », a échoué à remporter l’élection de mai 2025. Les interventions américaines, bien que stratégiques, peinent à s’adapter aux réalités locales, où les dynamiques politiques restent largement ancrées dans des contextes nationaux.
La multiplication des think tanks et des rencontres transatlantiques illustre cependant la volonté de structurer un réseau durable. La Heritage Foundation, pilier du « Projet 2025 » qui aurait inspiré une partie du programme de Trump, a joué un rôle central dans la création de l’Alliance pour les nations souveraines, lancée en mars 2025 par Turning Point Action. Des élus de l’AfD, de la Ligue du Nord italienne ou du Fidesz hongrois se sont rendus à Washington pour échanger sur des thèmes comme la souveraineté nationale ou la liberté d’expression. Pourtant, ces initiatives soulèvent des questions sur leur financement, alors que le *Financial Times* révélait en février que le département d’État américain envisageait de subventionner des groupes européens alignés sur les valeurs MAGA. Une stratégie qui, si elle renforce les liens idéologiques, risque d’être perçue comme une tentative de vassalisation par une partie des élites européennes.
Quand l’Amérique devient un partenaire encombrant
L’alliance entre Donald Trump et les partis souverainistes européens, bien que réelle dans ses déclarations d’intention, se heurte désormais à des divergences profondes. Les tensions entre américanophiles et américanophobes au sein de ces mouvements illustrent cette difficulté. Alors que certains, comme Viktor Orbán ou Robert Fico, ont obtenu des soutiens concrets – notamment sur des accords énergétiques –, d’autres, comme l’AfD, subissent des pressions judiciaires ou médiatiques. Les déclarations unilatérales de Trump sur des sujets comme le Groenland ou le Venezuela, perçues comme des provocations par ses alliés, ont révélé l’instrumentalisation de ces relations au profit d’une vision strictement américaine. En réalité, cette lune de miel entre souverainistes européens et administration Trump pourrait bien n’être qu’un feu de paille, masquant des intérêts divergents et une méfiance persistante envers une Amérique qui, une fois encore, semble privilégier ses propres priorités.
- Causeur
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