Des forêts en flammes, des habitations réduites en cendres, des pompiers épuisés après des jours de lutte : depuis la fin juillet, les réseaux sociaux sont saturés d’images des incendies qui frappent le Sud-Ouest. Au milieu de ce flot de vidéos et de témoignages, certains créateurs de contenu continuent pourtant de publier leurs contenus habituels — vlogs de vacances, looks du jour ou partenariats avec des marques. Un décalage insupportable pour une partie des abonnés, qui n’hésitent plus à les interpeller directement.

Sous les publications de ces influenceurs, les commentaires s’enchaînent, unanimes. « Il y a des gens qui perdent leur maison, vous pourriez en parler… », « Vous avez une grosse communauté, relayez les informations », ou encore « Vous êtes sérieux à publier ça alors que la France brûle ? ». Certains internautes vont jusqu’à menacer de se désabonner, non par rejet du contenu en lui-même, mais parce que ces créateurs ne mettent pas leur audience au service d’une cause d’intérêt général.

Une attente qui dépasse le simple buzz

Ce phénomène n’est pas isolé. Depuis la pandémie de Covid-19, chaque crise majeure — séisme au Maroc en 2023, inondations en Espagne en 2024, bombardements à Gaza — a vu émerger les mêmes reproches à l’encontre des influenceurs. Une partie de leur communauté exige désormais qu’ils sortent de leur rôle habituel pour partager des appels aux dons, relayer des consignes officielles ou mettre en avant des associations. Beaucoup le font déjà, suspendant temporairement leurs publications pour diffuser des informations utiles.

« Vous avez une grosse communauté, relayez les informations. » — Commentaire sous une publication d'influenceur.

Cette pression peut contraindre certains créateurs à s’expliquer en direct. C’est ce qui est arrivé à Squeezie en début de semaine : alors qu’il était en live sur Twitch, ses abonnés lui ont appris l’ampleur des incendies en cours en France. L’influenceur a expliqué avoir coupé Internet et donc ne pas être au courant de la situation. Une explication qui n’a pas convaincu tous ses followers, certains l’accusant de déni de réalité.

Quelques heures plus tard, il publiait une story consacrée aux incendies pour relayer des informations et des numéros d’urgence. Pourtant, ne pas prendre la parole ne signifie pas nécessairement indifférence. La créatrice de contenu Loélie souligne que chacun vit son engagement différemment et qu’un silence sur les réseaux n’est pas toujours un manque d’intérêt.

Reste que, sur les réseaux sociaux, les influenceurs ne sont plus jugés uniquement sur ce qu’ils publient, mais aussi sur ce qu’ils choisissent de taire. Leur audience attend désormais qu’ils arbitrent entre divertissement et utilité publique, sous peine de voir leur crédibilité s’effriter.

Sur les réseaux, ne pas parler est devenu un acte politique.

Les incendies en Gironde ont révélé une fracture générationnelle et sociale. D’un côté, les abonnés, souvent jeunes, qui attendent une mobilisation immédiate ; de l’autre, les créateurs, parfois dépassés par l’ampleur des attentes. Entre devoir d’information et logique de contenu, le débat est loin d’être tranché.

Le poids des réseaux dans l'urgence

Pourtant, une chose est sûre : sur les réseaux sociaux, le silence n’est plus une option neutre. Il est désormais interprété comme un choix — et souvent un mauvais choix.

Sources :
  • France Info

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