Le pavillon israélien de la 61e Biennale d’art contemporain de Venise a accueilli son public dimanche, malgré les critiques virulentes et les démissions du jury. L’artiste Belu-Simion Fainaru y présente « Rose of Nothingness », une installation où l’eau s’écoule en un cycle de 42 secondes, symbole des pouvoirs créatifs divins dans le mysticisme juif.
À l’intérieur du pavillon, des tubes d’arrosage de la société Netafim — spécialisée dans l’irrigation en milieu désertique — déversent leur flux dans une piscine. Des cadenas gravés de commandements, comme « Aime ton prochain comme toi-même », et des mezouzas fixées sur les portes complètent l’œuvre. Certains visiteurs embrassent les rouleaux sacrés, une coutume juive traditionnelle.
L’art face à la géopolitique
Fainaru, lauréat du prix Israël et professeur d’architecture à l’Université de Haïfa, souligne l’engouement du public : « Les gens semblent apprécier ; ça leur parle. » Il évoque aussi les artistes juifs venus le soutenir, évoquant leur identité dans un contexte de tensions. « Ce n’est pas une chose à laquelle je suis habitué, mais il est important que les gens le fassent, de nos jours », déclare-t-il.
La semaine dernière, quelque 2 000 manifestants pro-palestiniens ont tenté de se diriger vers le pavillon israélien, situé dans l’Arsenale, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre. Pourtant, dès l’ouverture au public samedi, une file d’attente s’est formée. « Le public s’intéresse à notre travail et c’est tout », affirme Fainaru. « Tout le bruit qu’il y a autour, c’est la politique et les médias qui le font. Le public, lui, vient pour l’art.
Fainaru n’est pas étranger aux Biennales : il avait déjà exposé en 2019 sous les couleurs de la Roumanie, son pays de naissance. Compositeur de la Biennale méditerranéenne en Israël, il dénonce un glissement de l’art vers la politique. « Les Biennales étaient autrefois axées sur l’amour de l’art, maintenant c’est devenu des combats politiques, des intérêts géopolitiques. Si cela continue ainsi, l’art va devenir autre chose — un environnement violent », estime-t-il.
À 66 ans, l’artiste avoue ne pas s’attendre à un tel niveau de protestation. « La direction n’est pas moins surprise que moi, et ils ne savent pas comment le gérer », confie-t-il. Avant les démissions, le jury avait annoncé ne pas attribuer de prix aux pays dont les dirigeants sont visés par la Cour pénale internationale, comme le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ou le président russe Vladimir Poutine.
Faute de jury, ce sont les visiteurs qui éliront deux lauréats le 22 novembre, lors de la clôture. Fainaru a reçu le soutien de délégations cubaines, iraniennes et libanaises, malgré les tensions récentes dans la région. « Les Iraniens ont été les premiers à venir au pavillon d’Israël, puis les Libanais ; ils m’ont proposé de venir à Beyrouth », raconte-t-il.
Un cycle de 42 secondes, symbole de résistance
Pour l’artiste, ces échanges prouvent que l’art reste un espace de dialogue. « Je ne fais pas de politique ; je suis venu en ma qualité d’artiste. Comme tous les autres artistes.
- Times of Israel
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