« J’ai un passeport britannique, je suis née ici, mais quand on me croise dans la rue, les gens ne voient que la couleur de ma peau ». Priya, étudiante d’origine indienne, résume ainsi le climat de tension qui s’installe dans la ville qui l’a vue grandir. Depuis deux nuits, elle n’ose plus sortir de son logement partagé dans un quartier résidentiel du nord de Belfast, comme beaucoup d’autres jeunes étrangers. « La peur est partout, on ne sait pas où ça va s’arrêter », confie-t-elle au journal ABC. Ce qui a commencé en un point s’étend désormais comme une traînée de poudre.
Une de ses colocataires, originaire de Colombie, partage son inquiétude. « On ne sort que pour faire des courses et on rentre immédiatement. Mes parents m’appellent sans cesse pour savoir si tout va bien. J’essaie de les rassurer, mais la vérité, c’est qu’on a peur », explique-t-elle. Les appels et messages se multiplient depuis le début des violences, reflétant une angoisse partagée par les familles des étudiants étrangers.
La peur s’installe dans les quartiers résidentiels
Ce qui frappe le plus Priya, étudiante en sociologie, ce n’est pas seulement les images de maisons calcinées et de voitures incendiées, ni les groupes masqués déambulant dans certaines rues de Belfast. « Parmi ceux qui attisent la peur, il y a aussi des personnes au teint mat comme nous. Ça me terrifie. Ce n’est pas aussi simple que de dire que c’est une question de Blancs contre étrangers », souligne-t-elle.
La police a renforcé ses effectifs, déployant des patrouilles exceptionnelles et des unités antiémeutes pour tenter de contenir la situation. Deux journées consécutives de troubles ont suffi à semer l’inquiétude parmi les communautés étrangères, dont certaines envisagent désormais de quitter la ville. Les autorités locales appellent au calme, mais la défiance persiste.
Les témoignages recueillis par le journal révèlent une fracture sociale plus profonde que les simples heurts entre groupes. Des habitants, voisins des agresseurs, évoquent des tensions larvées depuis des années, exacerbées par la crise économique et les divisions communautaires. La peur de l’inconnu domine désormais les esprits.
Dans ce contexte, les étudiants étrangers, souvent perçus comme des cibles faciles, se retrouvent pris au piège. Leur statut de résidents légaux ne les protège plus, et la méfiance s’installe même au sein de leur propre cercle. Les réseaux sociaux amplifient les rumeurs, ajoutant à la confusion ambiante.
Les autorités tentent de minimiser l’ampleur des violences, mais les images circulant sur les réseaux sociaux contredisent ces discours. Des bâtiments publics et des commerces ont été vandalisés, et les forces de l’ordre peinent à rétablir l’ordre.
Une violence qui transcende les apparences
Les familles des victimes, souvent des riverains pris pour cible par erreur, expriment leur désarroi. Certains, comme ce voisin de l’agresseur qui devait déménager prochainement, n’ont rien vu venir. La violence frappe sans distinction, et personne ne se sent en sécurité.
- ABC España
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