Ce samedi 15 août, Ceuta vit une journée sous haute tension. Les autorités espagnoles redoutent de nouveaux assauts massifs de migrants depuis le Maroc, à peine deux semaines après l'afflux historique de 80 000 personnes franchissant la frontière. Une crise humanitaire qui se double d'une montée des tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat, alors que les deux villes autonomes deviennent l'objet d'un bras de fer médiatique et politique sans précédent.
Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé sans ambiguïté que le Maroc « reste attaché à nos terres » et que la question de Ceuta et Melilla « reste sur la table », lors d'une intervention télévisée sur Al-Sharq. Une prise de position qui contraste avec la fermeté affichée par la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, pour qui ces deux villes sont « indéniablement espagnoles ». Le gouvernement espagnol a rappelé que leur statut « n'a jamais été et ne sera jamais discuté » avec quiconque, insistant sur leur intégrité territoriale reconnue internationalement.
La machine à propagande marocaine en action
Dans ce contexte de tension frontalière et de pulsion diplomatique, une campagne numérique orchestrée par des influenceurs et analystes proches du Palais royal marocain a pris de l'ampleur. Sur YouTube et les réseaux sociaux, ces relais du récit officiel multiplient les messages réclamant la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla, transformant les réseaux en champ de bataille idéologique.
Parmi eux, Soufiane Samii, journaliste marocain affichant 288 000 abonnés sur sa chaîne YouTube, affirme que l'Espagne n'aurait d'autre choix que de céder pacifiquement ces territoires. Son argumentaire repose sur l'argument des infrastructures marocaines déployées à proximité : base militaire à Nador, port de Tanger Med, ou encore le système de défense Barak MX installé près des deux enclaves. « L'Espagne se prépare déjà à remettre Ceuta et Melilla au Maroc », assène-t-il sans détour.
Abderrahim El Manar Esslimi, professeur d'études politiques à l'Université Mohamed V de Rabat et ancien haut fonctionnaire, va plus loin. Il prétend que l'Espagne, consciente de sa « faiblesse », craint une future revendication marocaine et serait incapable de définir juridiquement le statut de ces territoires. « Les Espagnols sont déjà en proie au doute : nous avons gagné la bataille psychologique », clame-t-il, évoquant un prétendu « panique » chez ses voisins.
Kari Minette, journaliste sur sa propre chaîne YouTube, tempère quelque peu le discours. Elle rappelle que le ministre Ouahbi n'a jamais évoqué de date précise pour une éventuelle action, insistant simplement sur la fermeté marocaine. Mais elle met en garde : « Qui croit que la question se réglera par le déploiement militaire espagnol se trompe. Elle ne fait que commencer. » Son discours s'appuie sur trois messages récents de son gouvernement : un sur la souveraineté, un autre sur l'économie, et un troisième sur le plan judiciaire.
Noureddine Maji, commercial dans le secteur médical et analyste occasionnel, pousse le raisonnement jusqu'à évoquer une prétendue négociation secrète entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Selon lui, Washington et Londres auraient « convenu que Gibraltar resterait espagnol en échange de la cession de Ceuta, Melilla et des autres enclaves occupées » au Maroc. Une thèse sans aucun fondement juridique, mais qui circule activement dans les cercles pro-marocains.
L'argumentaire sans fondement des influenceurs
Maji en profite pour attaquer l'Algérie, rival stratégique du Maroc, qu'il accuse d'être « humiliée » et de « quémander des miettes » au Niger, au Burkina Faso et au Mali. Une attaque qui révèle les tensions régionales sous-jacentes, alors que le gouvernement marocain maintient officiellement sa priorité sur le dossier du Sahara occidental.
- El Español
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