Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a revendiqué publiquement la souveraineté du Maroc sur Ceuta et Melilla lors d’une intervention télévisée. Il a également annoncé que son gouvernement étudiait la suspension de l’application de l’accord d’extradition avec l’Espagne, invoquant des blocages dans les transferts de personnes réclamées par les tribunaux marocains.

La souveraineté contestée

Effet d’appel des régularisations, selon Rabat, aurait provoqué le récent assaut à la frontière de Ceuta. Le ministre marocain a dénoncé une politique espagnole qui, selon lui, encouragerait l’immigration irrégulière en légalisant massivement des migrants, y compris sahraouis.

Abdellatif Ouahbi a illustré son propos en citant des déclarations attribuées à des migrants interceptés : « Pourquoi nous arrêtez-vous si l’Espagne nous accepte ? ». Il a également critiqué l’initiative du gouvernement espagnol d’accorder la nationalité à jusqu’à 130 000 Sahraouis nés sous administration espagnole, une mesure jugée inacceptable par Rabat.

Les extraditions, nouvelle pomme de discorde

La tension s’est encore aggravée avec la publication d’un rapport du Conseil national des droits humains marocain, institution proche de la monarchie, accusant la Guardia Civil d’infliger des « mauvais traitements et agressions » aux migrants lors de leur interception à Ceuta. Ces accusations visent à présenter les assaillants comme des victimes, renforçant ainsi la pression médiatique sur Madrid.

« Pourquoi nous arrêtez-vous si l’Espagne nous accepte ? » — Des mots attribués aux migrants par le ministre marocain, résumant l’argumentaire de Rabat.

Peu après les éloges de Pedro Sánchez sur la « coopération constante et fluide » avec le Maroc, et les déclarations de José Manuel Albares saluant la « totale disponibilité » de Rabat pour résoudre la crise de Ceuta, le discours marocain a pris un tour particulièrement agressif. Les propos du ministre Ouahbi et les accusations du Conseil national des droits humains marocain semblent ainsi effacer le récit d’une relation apaisée entre les deux pays.

Les blocages dans les extraditions concernent notamment des affaires emblématiques. Parmi elles, celle d’Ovidio, accusé par le Maroc d’avoir introduit des psychotropes et de la cocaïne dans le pays, ou encore celle d’un citoyen marocain réclamé pour son rôle présumé dans le naufrage d’une embarcation de migrants, dont l’extradition a été refusée par l’Audiencia Nacional espagnole.

Entre Ceuta et le Sahara, Madrid et Rabat jouent une partie où chaque pion déplacé peut déclencher une crise.

Pour Rabat, la question des extraditions ne se limite pas aux délits communs. Le Maroc peut également demander l’extradition de dissidents ou de membres du Front Polisario, qu’il qualifie de « terroristes », bien que l’ONU considère cette organisation comme l’une des parties clés du conflit du Sahara Occidental. Cette divergence d’appréciation alimente les tensions entre les deux capitales.

Un Conseil des droits humains instrumentalisé

En 2021, la décision espagnole d’autoriser le traitement médical du leader sahraoui Brahim Ghali dans un hôpital de Logroño avait provoqué une crise migratoire majeure, avec l’arrivée forcée de près de 8 000 migrants à Ceuta. La régularisation massive de Sahraouis annoncée par Madrid cet été ravive les mêmes craintes à Rabat, où l’on craint un nouvel afflux incontrôlé.

Sources :
  • El Español

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