Ceuta vit depuis neuf jours sous le choc d’un afflux massif de migrants. Entre 8 000 et 10 000 personnes, selon les forces de sécurité, errent dans les rues de la ville autonome, rendant toute estimation officielle impossible. L’État espagnol est submergé, incapable de dresser un bilan précis des profils présents sur son territoire.
Le poids des chiffres
Les autorités locales confirment six cas présumés de violences sexuelles signalés par des migrants depuis le début de la crise. Une jeune fille de 17 ans, également marocaine, a été victime d’un viol, selon la Police nationale. « La vulnérabilité est à son paroxysme », déclarent des sources du gouvernement autonome. Les tensions explosent : 300 interventions d’urgence ont été nécessaires en une semaine pour des rixes et bagarres.
La morgue de Ceuta recense déjà 88 cadavres de migrants décédés en tentant de traverser le détroit d’El Tarajal. Les centres de santé et les services d’urgence sont saturés. « Les migrants sont partout », résument les autorités régionales. Dans les quartiers périphériques, des commerces augmentent leurs prix de manière abusive : une bouteille d’eau coûte désormais cinq euros, un paquet de cigarettes douze, contre trois habituellement.
Une expulsion impossible
Les services de sécurité interviennent en permanence pour des faits de violence : coups de couteau, jets de bouteilles, intrusions dans des domiciles. Un agent des forces de l’ordre rapporte avoir traité un appel pour un homme en sous-vêtements s’étant introduit chez une femme ceutí et ayant tenté de s’allonger à ses côtés. « On passe nos journées à courir d’un incident à l’autre », confie-t-il.
Les mineurs isolés sont particulièrement vulnérables. Des mères marocaines signalent la disparition de leurs enfants, souvent retrouvés dans des centres d’accueil ceutís. « Il n’existe aucun protocole pour leur permettre de les récupérer », déplore un policier. La peur s’installe : certains habitants envisagent de quitter Ceuta, notamment les travailleurs indépendants, épuisés par l’insécurité quotidienne.
Les commerçants arabes interrogés refusent de témoigner. Un kiosquier, après avoir appelé son mari pour traduire, répond au journaliste : « Moins on parle, mieux c’est ». Dans les rues, des adolescents migrants mendient de l’argent pour acheter de la nourriture, souvent au prix fort. Les prix gonflés dans les magasins des quartiers périphériques aggravent la précarité.
La loi espagnole interdit les expulsions sans résolution administrative préalable. Depuis l’afflux, seulement 30 expulsions sont prévues par la Délégation du gouvernement. « Une fois sur le territoire, si les migrants refusent de partir, on ne peut rien faire sans instruire un dossier », expliquent les autorités ceutíes. Le processus pourrait prendre des mois, faute de moyens humains et matériels.
Le Maroc, acteur clé de la crise
Les experts soulignent que les retours dépendent aussi de la coopération de Rabat. Or, le Maroc, qui accuse Madrid de mauvaise gestion, se refuse à faciliter les identifications et les réadmissions. « Les devoluciones no dependen solo de la voluntad española », rappellent les spécialistes. La crise révèle la dépendance stratégique de l’Espagne vis-à-vis de son voisin.
- El Español
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