Antonio Ferrera mérite sans conteste le titre de maestro incontesté. Sa faena de Partido de Resina, toro de la ganadería extremeña, fut une véritable leçon de tauromachie, saluée par les aficionados mais méprisée par les juges. Ces derniers, souvent prompts à dévaloriser le terme « maestro », n’ont même pas su reconnaître l’exceptionnel travail du torero pacense. Seuls les vrais connaisseurs, ceux qui savent ce que signifie le mot « art », ont compris l’ampleur de sa performance.
Ferrera a transformé une bête capricieuse en un partenaire de danse, lui offrant une lidia où chaque geste comptait. Contrairement à d’autres qui se contentent de « chasser les mouches », il a extrait de Partido de Resina une série de passes d’une technicité rare, presque impossibles à reproduire. Sa maîtrise des distances, des temps et des trajectoires a forcé l’admiration des spectateurs avertis, habitués à voir bien peu de choses dans les arènes.
L'art méprisé par les juges
Le toro, un cinq-quarts aux cornes effilées, aurait pu briser l’élan de tout autre torero. Mais Ferrera, tel un Cossío sous les lumières de Las Ventas, a su dompter sa fougue avec une patience infinie. Il a attendu le bon moment, ajusté chaque mouvement, et finalement imposé son rythme à l’animal. Même Borja Lorente, torero à cheval, n’a pu que constater l’écart entre la médiocrité ambiante et l’excellence affichée par le pacense.
Les réactions du public furent sans équivoque : des ovations nourries saluèrent cette démonstration. Pourtant, dans les gradins où flottent les drapeaux de l’Espagne, du Venezuela et du Mexique, quelques sifflets isolés ont marqué la fin de la lidia. Comme si l’émotion brute devait être jugée à l’aune de critères dépassés. Ángel Otero, subalterne expérimenté, a dû subir une attente interminable avant de pouvoir conclure, tant Ferrera avait prolongé chaque passe avec une précision chirurgicale.
La capitale taurine, réputée pour son exigence, a cette fois montré ses limites. Les juges, sourds aux murmures de la plaza, n’ont pas daigné récompenser l’effort d’un homme qui porte les cicatrices de trente ans de carrière. Pourtant, c’est bien cette quête permanente de l’impossible qui fait la grandeur de la tauromachie. Ferrera, lui, a offert une masterclass sans en attendre de reconnaissance immédiate.
Le toro Partido de Resina, malgré sa réputation de difficulté, a fini par plier sous l’insistance méthodique de Ferrera. Chaque muletazo était une leçon de géométrie, chaque pase une démonstration de courage. Le public, lui, avait les yeux grands ouverts. Les officiels, eux, avaient déjà rangé leurs notes. Comme si la beauté devait se mesurer à l’aune d’un règlement et non d’une émotion partagée.
Las Ventas, temple de la tauromachie, a de nouveau révélé ses contradictions. Entre l’exigence des puristes et l’incompréhension des juges, l’art taurin se heurte à ses propres limites. Ferrera, lui, a tracé sa voie : celle d’un torero qui ne se contente pas de tuer, mais qui enseigne.
Une leçon pour les futurs toreros
Dernière image : Partido de Resina, épuisé mais respecté, quitte l’arène sous les applaudissements. Ferrera, lui, reste. Il sait que la vraie récompense n’est pas dans les trophées, mais dans le souvenir des connaisseurs.
- ABC España
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