Le lac Léman accueille à nouveau les dirigeants des sept grandes puissances économiques. Le retour à Évian n’est pas un hasard : c’est ici, en 2003, que le G8 avait symbolisé l’apogée d’un ordre mondial unipolaire, dominé par l’Occident. Depuis, les cartes ont été rebattues. Les chaînes d’approvisionnement se sont fragmentées. Les alliances se sont recomposées. Les frontières économiques se sont durcies.
L’héritage de 2003 s’efface
Le sommet de 2024 s’ouvre dans un contexte de tensions accrues. Les sanctions contre la Russie, la guerre en Ukraine, la montée en puissance de la Chine et les crises énergétiques ont redessiné la carte des dépendances. Le multilatéralisme, déjà affaibli, peine à s’imposer face aux stratégies nationales.
Les observateurs soulignent une rupture nette avec l’ère de la mondialisation heureuse. Les délocalisations massives ont laissé place à des relocalisations stratégiques. Les États-Unis, l’Europe et la Chine rivalisent désormais pour sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques, en semi-conducteurs ou en terres rares. La souveraineté économique est devenue le nouveau mot d’ordre.
Souveraineté économique contre mondialisation
À Évian, les dirigeants devront trancher une question cruciale : faut-il reconstruire un système international fondé sur la coopération, ou accepter que la compétition l’emporte ? Les premières déclarations, encore prudentes, laissent entrevoir des positions divergentes. Certains plaident pour un retour à la table des négociations. D’autres brandissent la menace de nouvelles barrières commerciales.
Les experts s’interrogent sur l’efficacité d’un G7 réduit à sept membres, face à l’émergence de nouveaux forums comme les BRICS. La capacité de ce groupe à peser sur les grands enjeux globaux — climat, sécurité alimentaire, transition énergétique — semble désormais limitée. Les promesses de 2003, comme celle d’un développement partagé, apparaissent lointaines.
Pour les Européens, la réunion d’Évian est aussi l’occasion de réaffirmer leur place dans un monde où leur influence décline. La crise ukrainienne a montré leurs divisions. La dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou a révélé leurs faiblesses. La question de leur autonomie stratégique reste entière.
Un G7 encore utile ou déjà dépassé
Conclusion : Le sommet d’Évian pourrait bien marquer la fin d’une époque. Celle où les grandes puissances croyaient encore à un monde sans frontières. Celle où la prospérité semblait accessible à tous. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : un monde fragmenté, où chaque bloc cherche à se protéger, coûte que coûte.
- Le JDD
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