Péter Magyar a été investi Premier ministre de Hongrie, près d’un mois après avoir conduit son parti, Tisza, à une victoire écrasante aux élections législatives. Ce résultat met fin à seize années de pouvoir de Viktor Orbán, dont le parti, Fidesz, passe de 135 à 52 sièges au Parlement. Tisza détient désormais 141 sièges sur 199, un bond spectaculaire pour un parti fondé il y a seulement deux ans.
Des dizaines de milliers de personnes sont attendues ce week-end pour une « célébration de la liberté et de la démocratie » en bordure du Danube, à Budapest. Magyar a invité les Hongrois à franchir le « seuil du changement de régime ». Orbán en retrait, Fidesz en lambeaux. Plusieurs figures clés du parti ont d’ores et déjà annoncé qu’elles ne siégeraient pas au Parlement, plongeant leur avenir politique dans l’incertitude.
Un pouvoir balayé en quelques semaines
Chaque jour apporte son lot de révélations ou d’accusations de corruption contre un parti qui a gouverné la Hongrie sans opposition majeure depuis 2010. Magyar a promis une « transformation du système », bien au-delà d’un simple changement de gouvernement. La priorité immédiate, selon Zoltán Tarr, ministre désigné des Relations sociales et de la Culture, est de « reconstruire un gouvernement sur les ruines du précédent ».
L’état des finances publiques laisse présager des défis majeurs. Une frénésie de dépenses engagée par le gouvernement Orbán ces huit derniers mois s’ajoute à des années de contrats publics et de fonds publics détournés vers des cercles d’affaires proches de Fidesz. Le déficit budgétaire a déjà dépassé l’objectif annuel prévu.
Le nouveau gouvernement cherche à incarner une moralité supérieure à celle de Fidesz. György Wáberer, un homme d’affaires passé de Fidesz à Tisza une semaine avant le scrutin, a révélé avoir versé 280 000 euros à Tisza. Pourtant, la nomination de Márton Melléthei-Barna, beau-frère de Magyar, au poste de ministre de la Justice a suscité une vague de critiques sur les réseaux sociaux. Il a finalement renoncé à sa candidature pour « garantir une transition sans ombre ».
Les ministres de Tisza assurent qu’il n’y aura pas de revanche contre l’ancien gouvernement, mais les responsables de crimes financiers seront poursuivis. Un « bureau de récupération des biens détournés » doit être créé. Zoltán Tarr a rejeté l’idée d’une « guillotine » pour les responsables, insistant sur des enquêtes « conformes à l’État de droit ». Il a souligné que le procureur en chef et la police ont lancé des investigations bloquées jusqu’ici, faute de preuves suffisantes.
Un proche du parquet a confié à la BBC que les poursuites contre des figures influentes en Hongrie, autrefois rares, deviennent désormais systématiques. « Ce n’est pas que nous ne voulions pas agir avant, mais la police et le fisc rechignaient à rassembler les preuves. Ce qui a changé, c’est que les témoignages affluent désormais, offrant un volume inédit de preuves.
Les ombres du passé qui pèsent sur le présent
Les enquêtes policières ciblent notamment l’empire médiatique de Gyula Balásy, bénéficiaire de millions de contrats publics ces dix dernières années. Son groupe a mené des campagnes hostiles aux migrants pour Fidesz, visant aussi des « ennemis » comme George Soros ou Volodymyr Zelensky. Balásy, en larmes lors d’une interview récente, a proposé de céder ses entreprises à l’État, tout en niant toute malversation. Les comptes de certaines de ses sociétés ont été gelés.
- BBC News
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