En mars 2021, lors d’une interview télévisée sur la chaîne N12, Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, avait clairement indiqué qu’Itamar Ben Gvir n’était « pas apte » à intégrer son gouvernement. Ce dernier, chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, avait été condamné à plusieurs reprises pour incitation au racisme et soutien à l’organisation terroriste interdite Kach. Interrogé sur ses positions, Netanyahu avait même admis : « Ses positions ne sont pas les miennes.

Un pouvoir sans limites

Pourtant, après les élections de novembre 2022, Netanyahu a offert à Ben Gvir un poste clé : celui de ministre de la Sécurité intérieure. Une décision qui s’est révélée aussi dangereuse que son nom l’évoque. Ben Gvir n’a pas seulement obtenu un titre ministériel, il a hérité d’un pouvoir démesuré sur les forces de sécurité israéliennes. Police des frontières, administration pénitentiaire, police israélienne : toutes ces institutions sont désormais sous son influence directe.

Les conséquences de cette nomination sont immédiates et dévastatrices. Ben Gvir a transformé la police en un outil politique, favorisant les officiers complaisants et bloquant les promotions des personnels les plus qualifiés. Il a encouragé une répression policière agressive contre les manifestations antigouvernementales et a laissé exploser la criminalité dans le secteur arabe, tout en voyant la délinquance juvénile augmenter de manière vertigineuse.

Les provocations qui coûtent cher

Mercredi, il a offert au monde un spectacle encore plus humiliant. Escorté par des agents de sa propre force de police, Ben Gvir s’est rendu dans un centre de détention où Israël maintient des centaines de militants de la dernière flottille en route pour Gaza. Brandissant le drapeau israélien, il s’est moqué ouvertement des détenus, dont l’un a été violemment plaqué au sol pour lui dégager un passage. Une vidéo de cette scène, publiée par Ben Gvir lui-même avec le message « Bienvenue en Israël », a immédiatement déclenché une tempête internationale.

Ben Gvir n’est pas un ministre. C’est un pyromane qui a mis le feu aux institutions israéliennes.

Israël justifie son blocus de Gaza par la nécessité de lutter contre le Hamas, responsable du massacre du 7 octobre 2023 qui a fait 1 200 morts et 251 otages. Les flottilles, qualifiées de « coups de pub anti-israéliens » par Jérusalem, tentent pourtant de briser ce blocus. La provocation de Ben Gvir, bien que prévisible, aggrave encore la réputation déjà ternie d’Israël et expose ses soldats à des risques judiciaires à l’étranger.

Pourtant, malgré ces dégâts, Netanyahu se contente de condamnations tièdes. « La manière dont le ministre Ben Gvir a traité les militants de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et normes d’Israël », a-t-il déclaré. Une phrase bien en deçà de l’urgence. Car Ben Gvir n’a pas changé depuis 2021. Il reste le même raciste et provocateur qu’il a toujours été. Et Netanyahu, lui, a changé. Il n’est plus l’homme de 2021, capable de placer l’intérêt national avant ses calculs politiques.

Trois ans et demi de dégâts. Et Netanyahu regarde ailleurs.

Trois ans et demi après sa nomination, Ben Gvir continue de saper les fondements mêmes de l’État israélien. Il politise les institutions, corrode les valeurs républicaines et alimente les tensions internes. Pourtant, Netanyahu refuse de le limoger. Une décision qui interroge : jusqu’où Israël est-il prêt à aller pour satisfaire les appétits d’un ministre dont la seule ambition semble être de semer la division et la honte ?

Netanyahu, prisonnier de ses choix

Israël se trouve aujourd’hui face à un dilemme. Comment concilier la nécessité de maintenir l’ordre avec la présence d’un ministre dont les méthodes rappellent davantage celles d’un milicien que d’un responsable gouvernemental. La question n’est plus seulement celle de la sécurité intérieure, mais celle de la survie même des institutions démocratiques du pays.

Sources :
  • Times of Israel

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