Alors que les pays européens peinent à trouver une ligne commune face au conflit irano-américain, leurs divisions se sont cristallisées autour de la légalité des frappes et du soutien à apporter. Keir Starmer a d'abord refusé l'accès des bases britanniques à Washington, avant de céder sous la pression de Donald Trump. Emmanuel Macron a dénoncé une agression hors du droit international, sans condamner explicitement les auteurs. Friedrich Merz, pro-israélien, et Ursula von der Leyen ont adopté une posture plus conciliante, tandis que l'Espagne de Pedro Sanchez a interdit toute utilisation des bases espagnoles par les États-Unis, avant de rappeler son ambassadeur en Israël après une incursion de Tsahal au Liban. Ces divergences illustrent la paralysie institutionnelle qui paralyse l'action extérieure de l'Union européenne, où toute initiative doit d'abord franchir l'épreuve des négociations internes.
Pourtant, les dirigeants européens se sont accordés sur un point : « Ce n’est pas notre guerre ». Cette prétendue neutralité a été mise à l'épreuve le 14 mars, lorsque les États-Unis ont sollicité une intervention européenne pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Face au refus, l'ironie s'est imposée : l'Iran et ses proxys n'ont pas hésité à cibler des bases européennes à Chypre, Abou Dhabi ou en Irak. Le 20 mars, Téhéran a lancé deux missiles balistiques en direction de la base de Diego Garcia, démontrant sa capacité à menacer directement le continent. L'Europe, dépendante des systèmes de défense américains et israéliens pour contrer les missiles balistiques, ne dispose que de moyens limités contre les missiles de croisière. La menace serait encore plus alarmante en cas d'acquisition par l'Iran de l'arme nucléaire.
L'Europe paralysée par ses divisions
Le 8 avril, Donald Trump annonce un cessez-le-feu et le début de négociations avec l'Iran. Un acteur inattendu s'impose alors sur la scène diplomatique : le Pakistan. Malgré une instabilité politique et économique chronique, Islamabad devient l'intermédiaire entre Washington et Téhéran. Le pays, qui a accueilli les négociateurs des deux parties dès le 10 avril, mise sur sa position géographique et son arsenal nucléaire de 170 têtes pour jouer ce rôle. Son PIB par habitant, en chute libre depuis trente ans, contraste avec celui de l'Inde ou du Bangladesh. En 2022, le FMI a accordé un 25e prêt pour éviter l'effondrement, tandis que la Chine et les pays du Golfe maintiennent le pays à flot. Plus de la moitié des recettes fiscales servent à rembourser la dette.
Sous la direction du général Asim Munir, chef des forces armées et véritable homme fort du pays, le Pakistan a su se positionner comme un acteur indispensable aux deux superpuissances rivales. Allié historique de la Chine, Islamabad bénéficie d'investissements massifs dans le Corridor économique Chine-Pakistan, lancé en 2015. Ce projet s'inscrit dans la nouvelle route de la soie, permettant à Pékin d'étendre son influence jusqu'en Europe. En échange, le Pakistan ferme les yeux sur le traitement des Ouïghours par le régime chinois. Mais c'est aussi vers les États-Unis que le pays se tourne : après une guerre éclair contre l'Inde en 2025, Munir a attribué le cessez-le-feu à Trump et proposé ce dernier pour le prix Nobel. Un rapprochement scellé par un accord sur les cryptomonnaies et un partenariat pour l'exploitation des minéraux critiques.
Le Pakistan a également su cultiver des relations avec l'Arabie saoudite et l'Iran, malgré les tensions internes liées à sa minorité chiite. Un pacte de défense mutuelle avec Riyad, incluant un parapluie nucléaire pakistanais, renforce sa position régionale. Le général Munir a entretenu des contacts avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien pour lutter contre les séparatistes baloutches, acquérant une connaissance fine des rouages du régime de Téhéran. Pourtant, cette position équilibrée reste fragile : une escalade entre l'Arabie saoudite et l'Iran pourrait entraîner le Pakistan dans un conflit dévastateur pour son économie déjà exsangue.
L'Europe, elle, semble condamnée à l'impuissance. Ses initiatives, comme la création d'une « coalition de volontaires » pour le détroit d'Ormuz, restent des coquilles vides. Les déclarations de Macron et Starmer sur une éventuelle intervention en Ukraine après un accord avec la Russie n'ont abouti à rien. Les systèmes de défense européens, dépendants des technologies américaines et israéliennes, peinent à dissuader les menaces balistiques. L'opinion publique, réticente aux engagements militaires, limite toute velléité d'action. Donald Trump a résumé l'état de l'OTAN en une phrase cinglante : « Vous n’avez même plus de marine ».
Islamabad, un médiateur improbable mais efficace
Le Pakistan, en revanche, incarne une nouvelle forme de puissance : celle qui exploite ses alliances stratégiques pour peser sur la scène internationale. Pour être influent aujourd'hui, il faut cumuler trois atouts : des liens solides avec les grandes puissances, une liberté d'action par rapport aux dogmes juridiques, et une capacité militaire crédible. L'Europe, prisonnière de ses divisions et de ses contraintes internes, ne remplit aucune de ces conditions. Son déclin diplomatique et militaire n'est plus une hypothèse, mais une réalité tangible.
- Causeur
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