Le président italien Sergio Mattarella a accordé un indulto à Nicole Minetti, condamnée à près de quatre ans de prison pour incitation à la prostitution et malversation. Cette mesure, justifiée officiellement par des « motifs humanitaires », lui permet d’éviter l’incarcération. Minetti, ancienne collaboratrice de Silvio Berlusconi, avait disparu de la scène publique après ses condamnations avant de réapparaître après l’annonce de l’indulto le 11 avril dernier.

Mais un article du Il Fatto Quotidiano révèle que Minetti et son compagnon, l’entrepreneur Giuseppe Cipriani, ont adopté en 2017 un enfant en Uruguay, présenté comme orphelin et atteint de problèmes de santé. Selon le journal, cette adoption aurait été effectuée uniquement pour obtenir la mesure de clémence présidentielle. Pire encore : la mère biologique de l’enfant, toujours en vie, aurait disparu depuis l’adoption.

L’adoption uruguayenne au cœur du scandale

La nouvelle a provoqué un tollé en Italie. La présidence de la République a ordonné au ministère de la Justice de vérifier si des « présumées falsifications » ont entaché la demande d’indulto. La fiscalité de Milan a également ouvert une enquête pour « fait grave ». Le ministère de la Justice, dirigé par Carlo Nordio, a lancé des investigations tout en affirmant que « aucun des éléments négatifs présentés par la presse ne figure dans les actes » du dossier.

Nicole Minetti a réagi en dénonçant dans un communiqué des informations « gravement préjudiciables » pour sa réputation et celle de sa famille, « dépourvues de fondement ». Elle a annoncé des poursuites contre le quotidien. L’affaire relance les tensions au sein du gouvernement Meloni, déjà fragilisé par l’échec de la réforme constitutionnelle de la justice lors du référendum de mars.

L’opposition exige désormais la démission de Carlo Nordio. Debora Serracchiani, députée du Parti démocrate, a interpellé Giorgia Meloni : « À quand la destitution du ministre Nordio ? Sa présence au ministère de la Justice s’avère extrêmement dommageable ». Le chef du gouvernement a reconnu que le cas Minetti n’avait « pas suivi de voies différentes » des autres demandes d’indulto, tout en soutenant la nécessité d’éclaircir d’éventuelles erreurs.

Le processus bureaucratique italien pour les indultos prévoit que les demandes, présentées par les condamnés, soient examinées par le ministère de la Justice et la fiscalité compétente avant d’être signées par le président de la République. Dans ce cas précis, c’est la découverte de l’adoption uruguayenne et ses circonstances troubles qui a déclenché les investigations.

Nicole Minetti, 41 ans, ancienne conseillère régionale en Lombardie, était devenue une figure des scandales berlusconiens, notamment dans l’affaire « Ruby », liée à une relation du défunt magnat avec une mineure marocaine. Condamnée en 2019 à deux ans et dix mois de prison pour incitation à la prostitution, elle avait écopé en 2021 d’une peine supplémentaire d’un an et un mois pour malversation.

Un indulto sous le feu des critiques politiques

L’indulto accordé à Minetti s’ajoute à une série de polémiques entourant le gouvernement Meloni. Le ministre de la Justice, Carlo Nordio, déjà affaibli après l’échec de sa réforme judiciaire, voit sa position menacée. La question de l’indulto, instrument de clémence présidentielle, est désormais au cœur d’un débat sur l’intégrité des procédures et la transparence des décisions politiques en Italie.

Sources :
  • El Español

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