Hacène L., 24 ans, comparaîtra lundi 11 mai devant le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre d’une audience PNACO, dédiée aux affaires de criminalité organisée. Il est poursuivi pour avoir commandité, depuis sa détention, un assassinat à Marseille en juin 2023, un projet qui a finalement échoué. Les experts le décrivent comme stimulé par les activités criminelles, une formule qui résume l’ampleur de son engagement dans le milieu.

Le 11 juin 2023 vers 4 heures du matin, un appel anonyme est passé au commissariat du 15e arrondissement de Marseille. L’homme au bout du fil, incarcéré en Seine-et-Marne, affirme qu’un meurtre est sur le point d’être commis dans le cadre d’un règlement de comptes. Il précise avoir subi des pressions pour « envoyer quelqu’un tuer un gars ». Une ligne attribuée par les enquêteurs à Hacène L., alors âgé de 21 ans et détenu au centre pénitentiaire de Réau.

Le commanditaire présumé nie être à l’origine de cet appel, mais l’enquête révèle des liens troublants. La cible visée, jamais identifiée formellement, porte des surnoms comme « Salim l’indien » ou « Zak », évoquant des liens avec l’ancien clan Yoda, un groupe de narcotrafiquants marseillais. L’assassinat avorte in extremis grâce à une série d’improbables circonstances.

Le commanditaire depuis les barreaux

Hacène L. avait envoyé un mineur de 17 ans, Anatole, pour commettre l’acte. Mais au moment des faits, le jeune homme croise par hasard un inconnu en train d’uriner dans la rue. Pris de panique face à l’arme remise, il tente de la désarmer, déclenchant une rixe qui met fin au projet criminel. Anatole, qui a agi pour 25 000 à 50 000 euros afin d’aider financièrement sa mère, a tenté de se suicider à deux reprises pendant sa garde à vue.

« Moi, la criminalité je ne l’ai pas subie, je l’ai choisie. » — Hacène L., dans un courrier aux juges

« Il ne faut pas se fier aux apparences. Mon client est incapable d’ôter la vie à quiconque, et l’instruction l’a démontré », plaide Me Laurène Hanna, son avocate. Les expertises psychiatriques concluent à une altération, voire une abolition de son discernement au moment des faits. Pourtant, Hacène L. affiche un profil bien différent : son casier judiciaire compte 15 mentions, et il est mis en examen dans un autre dossier pour avoir engagé un individu afin de commettre un meurtre en 2024.

Hacène L. est incarcéré depuis mai 2021. Il affirme gérer plusieurs points de deal à Marseille, Lorient et Avignon, tout en s’approvisionnant à l’étranger, notamment en Colombie, en Espagne et aux Pays-Bas. Il revendique également son appartenance à la DZ Mafia depuis 2021, une affiliation souvent contestée par les enquêteurs. Dans un courrier aux juges, il assume ses actes avec une froideur déconcertante : « Moi, la criminalité je ne l’ai pas subie, je l’ai choisie afin de subvenir à mes besoins. Personne ne m’a obligé à rien. Je savais dans quoi je m’engageais.

Hacène L. explique pouvoir « maintenir son activité illicite depuis la détention grâce aux téléphones et aux personnes de confiance qu’il peut avoir à l’extérieur ». Il se présente comme un intermédiaire recherché par de jeunes tueurs venus de Grenoble, Lyon ou Paris. Les filles, selon ses dires, servent à récupérer les assassins dans les gares. Une organisation méthodique, où chaque rôle est clairement défini, même depuis les barreaux.

La prison, bureau de commandement d’un empire criminel

L’expertise psychiatrique le concernant révèle un trouble de la personnalité psychopathique, en lien avec des carences éducatives. Son parcours est marqué par un enlèvement en 2022 à Bobigny, sur fond de trafic de stupéfiants. Dans un autre courrier, il se vante d’avoir « reconnu les faits tout ouvertement fièrement », non par orgueil, mais parce qu’il « avait une morale et tenait à assumer ses actes ». Une logique qui interroge sur la frontière entre choix et déterminisme.

Trois personnes seront jugées lundi à Paris pour leur participation à un groupement en vue de la préparation d’un meurtre en bande organisée. Elles risquent jusqu’à 10 ans de prison, voire 20 ans en cas de récidive légale. Les avocats de la défense n’ont pas souhaité s’exprimer sur cette affaire.

Un aveu qui interroge

Hacène L. incarne une génération de criminels qui transforment leur détention en bureau de commandement. Son aveu, « j’ai choisi la criminalité », résonne comme un défi lancé à l’État. Une stratégie où la prison devient un outil de pouvoir plutôt qu’un lieu de réclusion.

Sources :
  • BFMTV

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