On savait, depuis Marx, que la religion est l’opium du peuple. Il faut désormais admettre que l’orgasme féminin, lorsqu’il survient dans une relation hétérosexuelle, appartient à la même catégorie des modes de domination. En l’occurrence, celle de l’homme sur la femme.
Il y a d’ailleurs des degrés dans l’aliénation de la femme. La conjugalité est de niveau 1 : l’orgasme peut passer pour la rétribution du travail du conjoint. Mais voilà : depuis l’âge des cavernes, où l’acceptation de l’étreinte récompensait l’octroi de l’entrecôte de mammouth, les temps ont changé, et l’épouse, autonome financièrement, n’a plus à rétribuer le salaire de son mari.
Une théorie radicale qui interroge
Le niveau 2, c’est la relation extra-conjugale, qui n’a guère d’excuse. Quoi . Vous allez rechercher gratuitement un orgasme dans les bras d’un surmâle moins décati que votre époux ? Vous vous donneriez en quelque sorte gratuitement ?
Le niveau 3, c’est l’acceptation volontaire de la domination. La soumission comme piment du plaisir. Fais-moi mal, Johnny . Horreur, horreur, horreur .
Sheila Jeffreys n’a pas dû lire Hegel :« De même que la domination montre que son essence est l’inverse de ce qu’elle veut être, ainsi la soumission devient-elle dans son accomplissement même, le contraire de ce qu’elle est dans l’instant. Comme conscience refoulée en elle-même, la soumission s’intériorisera et se convertira en une véritable indépendance.
Si l’orgasme est une reddition[1], cette renonciation provisoire à l’autonomie de la personne engendre, à terme, une domination de la femme sur l’homme, réduit au rôle de machine à donner du plaisir. C’est tout le secret des relations sado-masochistes, qui au fond constituent 80% de toutes les relations érotiques.
Notre époque est à ce point déglinguée qu’elle autorise n’importe quelle théoricienne à construire des hypothèses absurdes, assénées avec impudence au nom de la libération de la femme — et de son asservissement réel. Parce qu’enfin, c’est dans les excès de la « libération » que se situe désormais le vrai asservissement.
Les paradoxes de la soumission
Et je plains celles qui prendraient au sérieux les délires de Sheila Jeffreys — mais bon, ni vos compagnes, ni la mienne.
- Causeur
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