Paul Morand et Hélène Soutzo ont partagé une existence aussi intense que controversée, de leur rencontre en 1916 jusqu’à leur mort à un an d’intervalle, en 1975 et 1976. Leur histoire s’écrit entre passion et scandale, entre les salons parisiens et les compromissions de l’Occupation. Hélène Soutzo, dont le prénom évoque à lui seul « l’étendard de la civilisation européenne », avait déjà connu un premier mariage en 1903 avec le prince roumain Dimitri Soutzo, union rapidement minée par les infidélités de son époux.

Une passion née dans la tourmente

Treize ans plus tard, en pleine guerre mondiale, c’est à Londres qu’elle croise Morand, alors âgé de 27 ans. Elle a 37 ans, un mari absent, un amant décevant et une fortune personnelle. Le coup de foudre n’est pas immédiat, mais la passion qui s’ensuit est immédiate et durable. Marcel Proust, qui la comptait parmi ses proches, la décrivait comme « la personne qui reçoit le mieux, ou plutôt la seule personne qui reçoive bien ».

L’Occupation : le choix de l’Europe allemande

Hélène Soutzo anime alors un hôtel particulier avenue Charles-Floquet où se presse le Tout-Paris, tandis que Paul Morand, globe-trotter infatigable, fuit ces mondanités pour des nuits au Bœuf sur le Toit en compagnie de Jean Cocteau, Marie Laurencin ou Stravinsky. Morand assume sans détour ses infidélités : « Être physiquement fidèle, je ne l’ai jamais été, je n’imagine même pas ce que c’est. Mais moralement fidèle, personne ne le fut plus que moi », confie-t-il dans son Journal inutile. Hélène, loin d’être dupe, lui lance un jour : « C’est effrayant ce que tu aimes les femmes ; partout, tu ne vois qu’elles. » Pourtant, elle finit par accepter cette réalité et devient même la confidente des conquêtes de son époux.

« Elle est alors riche, elle a 37 ans, un mari parti ailleurs et un amant qui ne la comble pas. Quatre bonnes raisons de prendre feu à la première étincelle. »

Sous l’Occupation, leur train de vie ne faiblit pas. Les réceptions collaborationnistes se multiplient chez les Morand, où se presse la fine fleur de la société pro-allemande. Paul évoque cette période comme un « paradis » où « les femmes avaient dans le métro les plus jolis chapeaux, où les bars-restaurants pullulaient, où la vie n’était pour rien ». Hélène, elle, fréquente les dignitaires nazis : elle dîne aux côtés d’Otto Abetz, quitte des soirées en voiture avec Albert Speer. Leur engagement en faveur de l’Europe allemande, face à l’émergence des empires américain et soviétique, ne faiblira jamais, même après la Libération.

« Face aux nouveaux empires américain et soviétique qui se dessinent, ils font le choix de l’Europe allemande », analyse l’historien David Bonneau dans son ouvrage Hélène et Paul Morand : Un couple sulfureux, publié chez Plon en 2026. Bravache et fière, elle déclare à son mari qu’ils peuvent mourir la tête haute. Leur existence, aussi luxueuse que tragique, se lit comme un roman picaresque où les splendeurs d’hier laissent place à l’opprobre.

« Face aux nouveaux empires américain et soviétique, ils font le choix de l’Europe allemande. »

L’héritage sulfureux d’un couple d’exception

Bonneau souligne que leur cavalcade mondaine, entre 1940 et 1944, fut un mélange de frivolité et de compromission. Les anecdotes s’accumulent, révélant une époque où l’élégance parisienne côtoyait la collaboration. Pourtant, malgré les critiques qui suivront, Hélène Soutzo conservera jusqu’à sa mort ses convictions progermaniques, comme un ultime défi lancé à l’Histoire.

Sources :
  • Causeur

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