Il a le don de la variation sur un thème : en Paganini de la langue, la maison close devient le rade à filles, le clandé, le bouclard ou le bobinard. Les souteneurs portent parfois des costumes croisés à rayures semblables à ceux des politiciens fréquentant les salons privés de ces établissements. Pour y entrer, il faut montrer patte blanche face à la tenancière, cette gérante-proxénète qui se fait aussi entremetteuse. Madame, Dame ou Abbesse, elle connaît les flics du quartier, voire ceux de la Mondaine au quai des Orfèvres. Des relations toujours utiles.

Boudard explore les luxueux One Two Two, Sphinx et Chabanais, mais aussi les bouges comme le Fourcy et le Panier Fleury. Dans ces lieux, les femmes effectuaient parfois plus de soixante-dix passes par jour. L’histoire des maisons closes oscille entre sordide et éclatante, rappelle-t-il. Pourtant, il s’interroge sur le moment choisi pour leur fermeture en 1946, alors que la France, libérée mais affamée, voit ses gouvernements vaciller et l’Indochine s’embraser. « La France redevenait un pays de petites combines, petits congrès politicards après une période kafkaïenne… héroïque, dira-t-on plus tard dans les manuels scolaires. Ambiguë en réalité, indéchiffrable, incompréhensible.

Une tradition millénaire balayée dans l'indifférence

Pour reconstruire un pays souillé par l’Occupation, Marthe Richard est propulsée par le MRP. Héroïne du renseignement pendant la Grande Guerre, elle devient l’égérie du parti de la morale au Palais-Bourbon. Peu connue du grand public, sa photo n’apparaît jamais dans la presse. Boudard retrace son parcours dans une enquête serrée. Sa loi, votée dans la quasi-indifférence, balaye des siècles de tradition sans réel débat. Pourtant, comme le note Pierre Mac Orlan : « C’est la base d’une civilisation millénaire qui s’écroule.

Marthe Richard, l'égérie d'une croisade morale

Quarante ans après la fermeture des maisons closes, Alphonse Boudard s’interroge : les femmes laissées sans ressources sur les trottoirs ou dans les bois ont-elles vraiment gagné à cette disparition ? La question, posée en 1986, reste sans réponse quarante ans plus tard. Le 13 avril 1946, la France enterrait un monde où se mêlaient vice et tolérance, dans l’indifférence générale.

Sources :
  • Causeur

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