Dans la cour du Daeungjeon du temple Jogyesa, en plein cœur de Séoul, un robot humanoïde de 1,30 mètre a joint les mains devant une assemblée de moines le 6 mai 2026. Baptisé Gabi, ce Unitree G1, modèle de l'entreprise chinoise Unitree Robotics, a été ordonné selon le rite bouddhiste coréen « sugye » par l'ordre Jogye, principale obédience du pays. La cérémonie s'est tenue à trois semaines du Yeondeunghoe, le festival des lanternes lotus marquant l'anniversaire de Bouddha le 24 mai.
Gabi n'a pas reçu l'ordination monastique classique mais un statut symbolique de pratiquant laïc, dit « moine honoraire ». Son nom dharmique, inspiré de Siddhartha Gautama et du mot coréen « jabi » signifiant compassion, a été choisi pour sa simplicité. L'ordre Jogye justifie ce choix par la volonté d'éviter des sonorités jugées trop archaïques pour le grand public.
Un rite adapté à l'ère numérique
Les cinq préceptes fondamentaux du bouddhisme ont été réécrits pour s'adapter à une machine. Selon le compte rendu publié par Yonhap et The Korea Times, Gabi s'engage à respecter ces règles adaptées. Le texte a été préparé sous l'autorité du vénérable Seong Won, responsable des affaires culturelles de l'ordre Jogye, avec l'aide de deux intelligences artificielles, Gemini et ChatGPT.
Pour le rituel du yeonbi, traditionnellement marqué par de petites brûlures d'encens sur les bras des novices, Gabi a reçu un autocollant du festival des lanternes lotus ainsi qu'un collier de prière composé de 108 perles. Une adaptation symbolique qui illustre la volonté de moderniser la pratique tout en respectant les codes traditionnels.
Un précédent existe en Asie : en 2019, le temple Kōdai-ji de Kyoto avait présenté Mindar, un androïde de 1,95 mètre incarnant Kannon, la déesse bouddhiste de la miséricorde. Fruit d'une collaboration avec le roboticien Hiroshi Ishiguro de l'université d'Osaka, ce projet avait coûté près de 909 000 dollars. Une étude avait alors révélé que les visiteurs jugeaient Mindar moins crédible que les moines humains, avec une baisse de 12 % des dons au temple après sa présentation.
Le contexte sud-coréen pousse pourtant à l'innovation. Selon les données de 2024, 51 % des Coréens déclarent n'avoir aucune affiliation religieuse, contre 31 % de chrétiens et 17 % de bouddhistes. Pourtant, le bouddhisme est la religion qui progresse le plus rapidement, notamment auprès des jeunes générations. L'ordre Jogye mise sur cette opération de communication pour se positionner dans le débat technologique actuel.
Reste que Gabi demeure un robot laïc dont les répliques restent scriptées. La « coexistence » entre humains et machines, évoquée par Seong Won, relève davantage d'un symbole bien orchestré que d'une véritable révolution spirituelle. Les images, mêlant tradition bouddhiste et esthétique futuriste, rappellent les univers de science-fiction.
L'ordre Jogye mise sur la jeunesse et la technologie
Un précédent japonais avait montré les limites de l'accueil du public face à un robot religieux. La crédibilité et l'authenticité restent des défis majeurs pour ces initiatives, même si leur portée symbolique ne peut être ignorée.
- Numerama
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