Le maire d’extrême gauche de Saint-Denis a décroché le portrait d’Emmanuel Macron de sa mairie. Le préfet lui demande de le remettre en place, invoquant la tradition républicaine. La réponse du maire laisse peu de place au compromis.

POLITIQUE — 7 mai 2026 — NATIONO

« Où est passé le portrait du président ? » La question posée par Darius Rochebin à Bally Bagayoko, maire d’extrême gauche de Saint-Denis, a révélé une décision symbolique et controversée. Dans son bureau, l’élu a retiré le portrait d’Emmanuel Macron et l’a retourné, le laissant « en attendant l’avènement d’une gauche de rupture ». Une provocation qui a immédiatement suscité l’ire du préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles.

Un geste politique calculé qui dépasse le simple fait divers municipal. Dans une lettre adressée hier au maire, le préfet rappelle que l’affichage du portrait présidentiel n’est pas une obligation légale, mais un usage républicain ancré dans l’histoire. « Ce symbole vise à rassembler les citoyens autour des institutions », souligne-t-il, citant notamment la tradition instaurée sous le Second Empire.

Le symbole qui divise

Bally Bagayoko campe sur ses positions. « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations envers les habitants de notre territoire », déclare-t-il. Ses mots résonnent comme une critique acerbe de la politique nationale, qu’il juge insuffisante pour corriger les inégalités persistantes dans sa commune.

Le maire de Saint-Denis préfère tourner le dos au président plutôt que de reconnaître la République.

Face à cette résistance, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage du portrait présidentiel a échoué en 2023 au Sénat. Un échec qui illustre les tensions autour de la symbolique républicaine. Pourtant, certains maires, y compris des opposants politiques, respectent cet usage par principe. Robert Ménard, maire de Béziers, a ainsi affirmé qu’il accrocherait le portrait même si Jean-Luc Mélenchon était président.

Pourtant, les défenseurs de la tradition rappellent que la République ne se réduit pas à des règles. « L’amour des institutions ne se décrète pas », estime Élisabeth Lévy. Et de rappeler que la France reste l’un des pays les plus redistributifs d’Europe, avec des dispositifs publics nombreux pour soutenir les quartiers populaires.

Le débat dépasse largement la question du portrait. Bally Bagayoko est accusé de nourrir un sentiment victimaire stérile chez les habitants de Saint-Denis. « Faire croire aux habitants qu’ils sont abandonnés ne mène qu’à la plainte et à la récrimination », analyse-t-elle, pointant du doigt une stratégie politique qui, selon elle, freine l’action plutôt que de la stimuler.

La courtoisie républicaine n’est pas une option.

Le préfet Julien Charles insiste sur la nécessité de respecter les usages républicains, même symboliques. « Le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, incarne l’unité nationale », rappelle-t-il. Une unité que le maire de Saint-Denis semble aujourd’hui remettre en cause, au nom d’une gauche radicale en rupture avec les institutions.

Une tradition républicaine en question

La polémique révèle une fracture plus profonde : celle entre une gauche radicale, qui rejette les symboles traditionnels, et une République qui tente de maintenir un minimum de cohésion symbolique. Entre devoir de représentation et liberté d’expression, le conflit reste entier.

Sources :
  • Causeur

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