En 2024, à la mort de John Sinclair, Gilles Riberolles a ressenti l’urgence de transmettre. Ce fondateur des White Panthers, proche des MC5 et ami de l’auteur, l’a convaincu de coucher sur le papier des histoires oubliées. « Je voulais révéler les esprits qui les habitent, pas seulement aux fans de rock ou à ceux qui ont connu les années 1970, mais aussi aux plus jeunes », explique-t-il. Journaliste à la revue Best de 1977 à 1981, il y a croisé des figures qui ont marqué l’histoire du rock, tout en menant une carrière de critique et de producteur sous divers pseudonymes.

Riberolles consacre une large part de ses Mémoires d’outre-rock à la rédaction de Best, un magazine qui vendait alors 180 000 exemplaires par mois. « Entre 1977 et 1981, une révolution stylistique a eu lieu dans le monde du rock », souligne-t-il. Le titre réunissait des journalistes passionnés, souvent érudits mais pas tous musiciens. Parmi eux, Bill Schmock, Christian Lebrun – rédacteur en chef humaniste et bienveillant –, Stéphane Heurtaux et Jean-Yves Legras, dont les maquettes et photos ont marqué l’époque. « À 20 ans, je me suis vu lâché dans un monde de journalistes passionnés et érudits », raconte Riberolles, qui y est entré grâce à une rencontre fortuite avec Bill Schmock.

Un âge d’or du rock à Paris

Les anecdotes s’enchaînent, mêlant rencontres marquantes et détails intimes. Blondie occupe une place particulière : Chris Stein, cofondateur du groupe, a produit son premier album et l’a invité à co-écrire une chanson. David Bowie a choisi l’une de ses photos pour un album des années 1970, tandis que James Brown lui a offert l’un de ses costumes de scène. « Ces événements dépassent largement la relation entre rock-critic et musiciens », précise Riberolles. Il évoque aussi L.A.M.F., l’album des Heartbreakers, comme une « pierre angulaire du punk new-yorkais de 1977 », lyrique, percutant et trash.

Un épisode insolite revient souvent : la prétendue crise de larmes d’Iggy Pop sur les genoux de Jean-Yves Legras. « Ce n’était pas du chagrin, mais un théâtre légèrement surjoué », analyse Riberolles. « En 1977, Iggy avait joué un sketch hystérique devant les journalistes. L’année suivante, personne n’osait plus l’interviewer. Moi, je l’ai fait sans appréhension et j’y ai découvert un esprit drôle et brillant.

Serge Gainsbourg trouve également sa place dans ce récit. Riberolles le décrit comme « le seul Français, avec Higelin, à détenir une classe comparable à celle des Anglo-Saxons ». Il cite Du chant à la une ., Histoire de Melody Nelson et L’Homme à la tête de chou. Mais Gainsbarre, en revanche, pouvait se montrer exécrable, comme lors d’une conférence de presse pour le lancement des Gitanes blondes, qu’il a transformée en « fumisterie mercantile ».

Mick Jagger n’échappe pas à l’œil aiguisé de l’auteur. Riberolles le compare à un bouc, évoquant une légende selon laquelle le chanteur aurait vendu son âme au diable en 1968. « Quand je l’ai rencontré au début des années 1990, il m’est apparu comme un bouc le temps d’un flash », écrit-il, avant de préciser : « Une aura. Une magnificence.

À travers ces pages, Gilles Riberolles restitue l’énergie d’une époque où le rock n’était pas seulement une musique, mais une culture. Son sens de l’observation et son attachement aux détails infimes donnent vie à ces légendes de la scène, qu’il a côtoyées de près. Un livre qui rappelle que le rock, avant d’être un genre, fut une aventure humaine.

Les légendes et leurs ombres

Gilles Riberolles rend hommage aux journalistes et artistes disparus, dont Christian Lebrun, Stéphane Heurtaux et Jean-Yves Legras. Leur héritage, à travers Best et les disques produits par Riberolles, continue de résonner dans l’histoire du rock.

Sources :
  • Causeur

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO